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Décembre 2008 
Césaire et la condamnation du capitalisme
Auteur : Abou Samba

Dans l’œuvre d’Aimé Césaire, un monde d’incompréhension sépare les races noire et blanche et pas de fraternité interraciale. Bon nombre de symboles se rapporte à ce sujet: l’esclavage, la traite, l’exil, l’agression, la colonisation. Sartre, dans «Orphée Noir», dit: «Le Noir, conscient de soi, se représente à ses propres yeux comme l’homme qui a pris sur lui toute la douleur humaine et qui souffre pour tous, même pour le Blanc».

Césaire reprend le cri de milliers de Noirs qui ont enduré des peines souvent sans savoir pourquoi. Il reproche à la civilisation occidentale de ne pas être «distributrice d’énergie». «Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, le mépris, la méfiance, la morgue…».

Les images qui font allusion à l’oppression sont souvent suggestives dans le «Petit lexique des principaux symboles césairiens» de Lilyan Kestaloot: «Négriers, gardes-chiourmes, geôliers, scorpions, chacals, charognards…». Et Césaire d’ajouter: «Nous fûmes de tout temps d’assez piètres laveurs de vaisselle, des cireurs de chaussures sans envergure et le seul indiscutable record que nous ayons battu est celui d’endurance à la chicotte».

Si longue que soit la nuit, le jour viendra sûrement.
Proverbe peuhl

Le Noir essaie de changer de condition. Parfois, il n’y a pas d’autre porte ouverte que celle qui mène à la soumission. A une liberté hasardeuse qui pourrait l’entraîner dans des malheurs plus accablants encore, le Noir semble préférer une liberté nulle, une vie d’acceptation animale. Dans sa cervelle, l’idée s’était imposée qu’une fatalité pesait sur lui, qu’il n’avait pas puissance sur son propre destin, qu’il croyait honnêtement à son indignité. Pour lui, la supériorité était le droit exclusif des «autres».

Albert Memmi analyse le portrait de colonisé: dès que celui-ci se met à refuser son existence invivable, sa première tentative est de changer de condition en changeant de peau. Un modèle tentateur et tout proche s’offre à lui: celui du colonisateur.

Cela fait de lui un nègre hideux, un nègre enseveli dans une vieille veste élimée. «Voyez, je sais comme vous faire des courbettes, comme vous présenter mes hommages; en somme je ne suis pas différent de vous». Obsédé par des visions de souffrances, la haine déchaîne chez Césaire des images qui annoncent la fin de l’oppression, la revanche des Noirs.

«Il n’y a aucune race qui possède le monopole de la beauté, de l’intelligence, de la force!». Césaire condamne le capitalisme qui a été le point de départ de la traite et de la colonisation. Il défie les missionnaires qui enseignaient que les fétiches ne servaient à rien et que les danses rituelles sont condamnables.

«Un jour pour nos pieds fraternels, un jour pour nos mains sans rancunes».

«Victime du traumatisme colonial et à la recherche d’un nouvel équilibre, le Nègre n’a pas fini de se libérer».

«Mon cœur, préservez-moi de toute haine, Ne faites point de moi cet homme de haine
Pour qui je n’ai que haine
».

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