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Août 2008 
Variété du mal: un regard sur les maltraitances
Auteur : Zachée Betché

Le mal restera une question constamment habitée par l’absurdité; du fait de l’impossibilité de définir son origine, de la difficulté de la supprimer totalement et de la complexité de ses formes. Le philosophe Leibniz a tenté de distinguer les différents maux: physique, moral et métaphysique. Le premier concerne ce qui se passe, a priori, indépendamment de nous. Ce sont les catastrophes ou les maladies. Cette variante du mal n’engage pas forcément la responsabilité humaine même si la culpabilité de l’homme n’est pas si marginale par rapport au drame qui affecte le tissu du monde. Le second mal concerne directement l’homme, son intention et son agir, sa capacité de nuisance et la désorganisation que cela suscite, sa manière inadéquate d’agir sur lui-même, sur autrui et sur la nature. Le mal métaphysique est quant à lui lié à la limitation humaine indépendamment de son agir: c’est le fameux mythe du péché originel.

La maltraitance est un reflet de cette pluralité des formes de mal mais résulte prioritairement de l’intention et des pratiques humaines variées; individuellement ou collectivement. Le mauvais traitement infligé à autrui est manifestement un geste de responsabilité (ou d’irresponsabilité). C’est à la fois commettre et omettre. Le mal se profile dans cette double attitude possible. La maltraitance est aussi historiquement vérifiée, idéologiquement construite. C’est une forme d’expression de ce mal fondamental qui investit l’homme, la société et la culture.

La «maltraitance» historique suivant l’horizon africain résulte de sa mise à l’écart, une profonde blessure qui prend aujourd’hui des formes variées. L’une de ses variantes est la maltraitance structurelle qui passe par la loi des dinosaures économiques qui imposent de manière éhontée le dolorisme comme mode de vie chez les plus faibles. Les prix de vente actuels du cacao, du café ou du coton et de tout autre produit sans valeur ajoutée sur le marché mondial est le symbole même du mauvais traitement des paysans du Tiers Monde. Cette forme de maltraitance est plus globale et héberge d’autres maux. En fait, la dépendance actuelle du monde à l’économisme n’est pas sans conséquences sur l’agir des humains: la culture de l’agressivité et de l’impatience, le désir de dominer ou la grande difficulté de s’affranchir des maux socioculturels.

«Celui qui sème l’injustice moissonne le malheur».
— Livre des Proverbes, XXII, 8
(Plutarque)

Cependant, la variante culturelle de la maltraitance existe aussi et revêt des formes de barbaries: l’excision, la pseudo éducation par la violence corporelle, la pédophilie, les différentes formes d’esclavage moderne. Ce ne sont pas des attitudes qui ont forcément partie liée à cet économisme triomphant. La culture est une donnée qui n’a pas toujours été un bien pour l’humain surtout lorsqu’elle légitime les formes de mal, les hiérarchise ou les bémolise.

La dénonciation des comportements culturels nocifs à des degrés différents, de l’excision à la polygamie, de l’asservissement à la traite, de la privation de liberté d’expression à l’étranglement économique, est l’étape première de la lutte contre la maltraitance. Même si on peut objecter que certaines dénonciations n’ont pas toujours pour but de contrer le mal mais de faire de l’écueil de l’autre un alibi à son propre mal qu’on voudrait légitimer.

Il faut repérer les lieux où ces cas de maltraitance se pratiquent, ensuite les comprendre pour mieux les combattre sans compromettre les résultats. En général, on est quasiment tous d’accord sur la nocivité des différents cas de maltraitance. Mais tout se joue au niveau de la méthode. Le vrai du vrai n’est-il pas, comme le pensait Aimé Césaire, de savoir par où aller plutôt que de savoir où aller? On peut aussi nuancer la prépondérance de l’homme dans le geste de maltraitance sans toutefois vouloir apporter des justifications.

«Qui sème le vent récolte la tempête».
— Osée, VIII, 7

La découverte par la psychanalyse de l’inconscient psychique ou le mythe du péché originel en religion devraient aider l’être humain à rechercher au-delà de sa finitude.

Attaquer la maltraitance c’est d’abord et avant tout la situer dans le sillage du mal absolu. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là qu’il est possible d’opposer le bien qui se distingue radicalement. La recherche du bien débusque nos égoïsmes et les transforme en tension d’amour du vrai, du bien, du transcendant, etc.


De retour d’un voyage en Extrême-Orient, lors d’une interview à la RSR, Boris Cyrulnik rapporte: «Laisser seuls des enfants pendant des heures devant la télévision, avec souvent un frigo bien garni, c’est de la maltraitance». — Suzanne Gerber
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