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Octobre 2006 
Du bon (et moins bon) usage d’un concept
Auteur : Hans-Peter Renk

Le concept «populisme» a été originellement utilisée pour désigner deux mouvements politiques du 19e siècle: aux Etats-Unis, le «People’s Party», regroupement de secteurs populaires (essentiellement, mais pas uniquement paysans) opposés à la concentration capitaliste; en Russie, la «Narodnaja Volja», une organisation qui lutta par les armes contre le tsarisme (attentat en 1881 contre le tsar Alexandre II). Mais en ce début de millénaire, ce concept est utilisé par les médias pour caractériser des réalités politiques contradictoires.

En Suisse, l’Union démocratique du centre est décrite comme un parti «populiste» (1). Certes, cette droite fort à droite en appelle au «peuple», un peuple ethniquement défini: ainsi les spécialistes en histoire(s) de l’UDC – Mörgeli, Stamm & Co – déclinent sans peur du ridicule les mythes de la «Suisse primitive»: «Nos ancêtres, les Waldstätten», ce qui est rigoureusement faux pour 23 cantons et demi-cantons sur 26. Mais la composition de la direction du parti «populiste» suisse est fort bourgeoise: lors de la fête annuelle de l’UDC à l’Albisgütli (ZH), pour parodier l’écrivain Anatole France, le spectateur lambda «croit vibrer pour la patrie, il vibre pour les industriels», par exemple l’ex-PDG d’EMS-Chemie, promu depuis 2003 à un destin fédéral.

Exemple contraire, le conseiller national Josef Zisyadis (POP-VD) a entamé, il y a quelques mois, une campagne contre l’impôt dégressif en Obwald (s’établissant temporairement dans ce demi-canton de la Suisse primitive). A cette occasion, divers organes de presse – les mêmes qui interviewent complaisamment Blocher et ses porte-flingues romands… – ont dénoncé la politique «populiste» de Zisyadis.

Sur un autre continent, le président vénézuelien Hugo Chávez est décrit par les médias comme un «dictateur populiste»: il finance ses programmes sociaux avec la manne pétrolière. Le Brésilien Lula a reçu au 1er tour des récentes élections de nombreux suffrages provenant des bénéficiaires d’un programme «Fome cero» (faim zéro). Pourtant, Lula n’est pas accusé de «populisme» par les échotiers économiques du «Monde» (2): les apologistes du «capitalisme réellement existant» considèrent le président brésilien comme un garçon devenu raisonnable.

Alors, tous populistes, à gauche, à droite, au gré des modes journalistiques? Un peu de rigueur conceptuelle ne serait pas de trop. Affaire à suivre…

Hans-Peter Renk, militant de SolidaritéS


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