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Octobre 2006 
La démagogie dévoie la politique
Auteur : Claude Ruey

Nul n’est besoin de remonter à Alcibiade ou à Pisistrate pour savoir que de tout temps la démagogie a pu être considérée comme l’un des «Beaux-Arts» de la politique! Et pourtant, quitte à passer pour un naïf, je considère que la démagogie dévoie la politique, qu’elle est incompatible avec une vision saine de la démocratie. Mon engagement politique, je l’ai toujours conçu, en effet, comme une lutte constante pour le bien public. Cet engagement suppose bien évidemment des valeurs qui sous-tendent l’ensemble de mes actions. Parmi celles-ci, il y a tout d’abord l’honnêteté, puis la force de conviction et enfin la nécessité du dialogue et du débat, valeurs bien éloignées de la démagogie. Certes, cette vision idéale n’empêche pas à mes yeux l’habileté, ou le fait d’utiliser une part de séduction pour avancer ses idées. En effet, lorsque l’on s’engage pour la promotion d’un projet, il paraît normal que l’on souhaite se présenter sous son meilleur profil, afin d’en garantir le succès. Mais utiliser les meilleurs moyens de persuasion possibles ne conduit pas encore à la démagogie.

La démagogie est une notion à priori rhétorique désignant l’art de mener le peuple en s’attirant ses faveurs, notamment en utilisant un discours volontiers simpliste, occultant les nuances et dénaturant bien souvent la vérité. Elle recourt à la satisfaction des souhaits ou des attentes du public ciblé, sans recherche de l'intérêt général, mais dans le but unique de s'attirer la sympathie et de gagner le soutien. L'argumentation démagogique est donc simple afin de pouvoir être comprise et reprise par le public auquel elle est adressée. Si elle est inhérente à toute démocratie, elle produit bien souvent des effets contraires à l’intérêt général car, comme le disait Charles Péguy, «le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont bien souvent éternelles».

La démagogie est à la démocratie ce que la prostitution est à l'amour affirmait l’économiste Georges Elgosy. Rien n’est plus vrai. Démagogie et populisme sont à mes yeux les tueurs de l’Etat de droit. Ils représentent deux concepts, certes proches, dont les orientations sont singulièrement différentes.

div class="cd"> « À chaque époque, les plus vils spécimens de la nature humaine se trouvent parmi les démagogues ».
Lord Macaulay, Histoire d’Angleterre

Le populisme non seulement se fonde sur ce qui plaît au citoyen, mais encore fait appel chez lui à des sentiments les moins élevés, suscite des craintes, les amplifie, désinforme, calomnie; en d’autres termes il manipule les personnes pour obtenir d’elles des réactions extrêmes sur lesquelles s’appuiera le populiste, de gauche ou de droite, pour proposer ensuite des solutions à des «problèmes» qu’il a lui-même contribué à créer dans le conscient ou l’inconscient collectif. Le populiste joue en fait le pompier pyromane! Rien n’est plus dangereux. Rien n’est plus condamnable. L’actualité récente en Suisse vient de démontrer à quels excès ce type de manipulation politique peut conduire.

Il est donc urgent que des femmes et des hommes politiques de tous horizons se lèvent, quittent à être momentanément battus, pour faire barrage aux facilités, aux désinformations, aux manipulations et défendre ce qui doit être l’honneur de la politique au sens noble: le souci de la vérité et du bien commun.

Claude Ruey, conseiller national libéral

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