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Février 2017    [66]
C'est le capitalisme qui s'écroule!
Auteur : François Iselin

Tout être soucieux du devenir de l'humanité s'interroge sur ce qu'elle deviendra d'ici peu. Il y en a qui, affolés par le nombre croissant d'alertes, se résignent. Que pourraient-ils entreprendre pour préserver le destin des générations à venir? D'autres, minoritaires, s'interrogent.

L'impasse dans laquelle nous nous trouvons découle de la faillite d'un système inique de répartition des richesses imposé par une petite minorité depuis plusieurs siècles dans le monde au détriment du plus grand nombre. Le capitalisme pouvait sembler jadis être la voie royale vers l'épanouissement de l'espèce humaine jusqu'au jour où son accaparement des richesses a atteint une limite insupportable et infranchissable.

La survie du capitalisme ne tient plus qu'à la poursuite de l'exploitation de niches d'enrichissement jusqu'alors préservées. En ce qui concerne l'exploitation du travail humain, c'est la suppression des emplois, la baisse des salaires, les coupes sombres dans les prestations sociales. Quant à celle de la nature, c'est le pillage de tout ce qui génère encore des profits aux capitalistes. Le monde est ainsi devenu un champ de bataille entre prédateurs fortunés et populations toujours plus paupérisées qui résistent tant bien que mal à l'acharnement des pilleurs-prédateurs.

Plus qu’un vague souvenir

L'Etat-providence des périodes fastes du capitalisme s'est évanoui. Les partis politiques qui défendaient autrefois une certaine démocratie, deviennent des repoussoirs pour les citoyens-électeurs. Ainsi, tant les affrontements sociaux que les confrontations politiques ont cessé de pouvoir freiner la dérive despotique d'un système obsolète.

Depuis le début de ce siècle, les attaques «néolibérales», de plus en plus virulentes, se sont multipliées. Elles s'intensifieront jusqu'à la faillite complète des systèmes économiques et étatiques actuels. Les conséquences de ces krachs restent la grande inconnue. Assisterons-nous à une large mobilisation et à une contre-offensive victorieuse des populations menacées? Ou au contraire à leur écrasement au cours de guerres civiles ou entre nations, se traduisant par une misère généralisée ou des répressions massives comme lors de la crise des années 30? Les Etats, qui surveillent étroitement et fichent secrètement les personnes et communautés désireuses d'instaurer un contre-pouvoir économique et politique, semblent se préparer activement à ce deuxième scénario.

Penser l'avenir


Les Etats-Unis d'Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans jamais avoir connu la civilisation. – Oscar Wilde

Les conséquences du proche effondrement de notre civilisation, n'ont pas laissé indifférents cinq éminents chercheurs vivant au cœur du monstre, les Etats-Unis. Il s'agit d'historiens, économistes et sociologues qui se sont interrogés sur le devenir de la planète. Leurs analyses, consignées dans le livre: Le capitalisme a-t-il un avenir?, méritent qu'on s'y attarde. «Ce système, dit Wallerstein, présente aujourd'hui des signes de rupture qui permettent d'en anticiper le déclin imminent» puisque «les limites internes et externes de l'expansion du «système monde» sont sur le point d'être atteintes. […] Il est donc urgent de penser sérieusement à ce qui peut et devrait lui succéder, et à ce qui peut aider à imaginer un autre avenir» (Immanuel Wallerstein et all., Le capitalisme a-t-il un avenir? La Découverte, 2016, 325 p.).

Les cinq auteurs de ce livre qui doutent que le capitalisme puisse survivre, explorent les scénarios possibles pour l'avenir, imaginent quel système économique démocratique et égalitaire pourra le remplacer et s'interrogent sur le rôle que joueront les mouvements sociaux ainsi que leurs chances de réussite.

Pour Immanuel Wallerstein, historien, sociologue et économiste: «Nous avons au mieux 50% de chances d'instaurer le type de «système monde» qui nous paraît le plus désirable. Mais 50%, ce n'est pas rien».

Pour le sociologue Randall Collins, «Le chômage technologique de la classe moyenne entraînera l'effondrement du capitalisme partout où il est aujourd'hui dominant. […] S'agira-t-il d'une transition pacifique ou dévastatrice? Nous n'en savons encore rien ».

«La fin de l'hégémonie américaine aura donc lieu tôt ou tard au cours du prochain demi-siècle, et ce ne sera pas un spectacle agréable à voir ». Quant aux «Etats des pays riches du Nord, moins affectés, ils pourraient ériger des barrières contre le reste du monde et se retrancher dans une forme de "capitalisme forteresse", de "socialisme forteresse" ou de "régime écofasciste"».

Georgi Derluguian s'interroge sur ce qu'ont été les alternatives fascistes et communistes au capitalisme. Ni l'une ni l'autre «ne sont heureusement susceptibles de refaire surface sous leur forme traditionnelle, car leurs prémisses géopolitiques et idéologiques n'existent plus […]. Les nationalismes extrémistes essaieront probablement d'orienter les forces de l'Etat moderne dans le sens d'un niveau extrême de coercition et de répression. Mais d'un autre côté, on verra apparaître des coalitions politiques se mobilisant autour du programme progressiste de justice universelle».

Enfin, Craig Calhoun conclut: «En supposant même que le capitalisme réussisse à se renouveler, ce renouveau le transformera lui-même et transformera le «système monde» moderne […]. Si ce n'est pas le cas, on peut se demander quelle sera l'étendue de la dévastation que nous aurons à subir avant que n'émerge un nouvel ordre».

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