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Juin 2016 
La peur s’est lentement dissipée
Auteur : Alain Simonin

Oui, comme beaucoup d'enfants, j'ai connu la peur très tôt. Peur de porter la responsabilité de la tristesse de ma mère dont l'origine ne s'est révélée à moi et mes frères que très récemment. Peur d'échouer au collège ensuite. J'ai longtemps fait un rêve étrange: j'étais étudiant à l'université (ça c'est la vérité) mais je n'avais pas obtenu ma «matu»! Comme si obtenir une licence en sociologie devait demeurer pour moi un «impensable». Peur de la vie encore, à l'âge adulte, qui m'a fait traverser Mai 68 à la fois comme une libération mais aussi comme une peur: l'effroi devant la radicalité, devant l'intolérance des siens, qui nous taxaient de «social-démocrate».Une injure!

Vouloir changer le monde était une responsabilité disproportionnée pour ma fragilité congénitale. Il fallait entrer en scène et de plus inventer une partition qui n'existait pas. Certains avaient la carrure (ou faisaient semblant), mais pas moi. «Entrer en scène», c'est bien là cette peur originelle, qui nous pourrit souvent la vie et qui nous fait entrer dans la soumission, dans les formatages de tous ordres ou, à l'inverse, nous pousse dans des révoltes jamais satisfaites. Trouver sa place dans le monde, oser y jouer sa partition, être fier de soi et de ses propres talents, pouvoir les faire jouer avec ceux des autres, comme dans un grand orchestre symphonique!

Quand j'ai pris la responsabilité de la rédaction de l’essor en 1998, pour 7 ans, j'avais écrit un édito qui s'intitulait: «Retrouver l'ailleurs en soi». Je revenais d'un séjour à Montréal, qui avait transformé ma vie. J'avais osé toucher du doigt «l'ailleurs» en moi, la possibilité d'une vie nouvelle, la possibilité de réaliser enfin «ma» vie, celle qui m'avait été promise, comme elle est promise à tout être au monde.

J'ai toujours aimé ces deux citations de Mandela: «J'ai appris que le courage n'est pas l'absence de peur, mais le fait de triompher d'elle» et «En faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d'en faire autant». Le droit d'être heureux, le pouvoir d'être généreux, la satisfaction d'apporter quelques chose aux autres, non par devoir, mais par plaisir. C'est ainsi que la peur s'est lentement dissipée dans mon parcours de vie. Oh cela n'a pas été facile, ni définitif. Il m'a fallu rencontrer, reconnaître, la générosité des autres, leur appui, leur amitié. La générosité de la nature aussi, car elle est toujours là, au fil des saisons qui changent et qui nous apprennent à changer à notre tour. Et puis la présence de Celui qu'on ne nomme pas, m'est advenue elle aussi, comme une présence permanente de reconnaissance et d'amour. «L'homme dans sa nuit, cherche sa lumière», ce vers de Victor Hugo m'a toujours accompagné, pour le bonheur d'être et d'avancer.

Alain Simonin, sociologue, ancien rédacteur responsable de l’essor, Lucinges (France)

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