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Août 2014 
Florian Bonny, un destin pathétique
Auteur : Paul et Helga Bonny

Né en 1971, il apprend à 14 ans qu’il est atteint d’une anomalie congénitale rare, très rare: la maladie de Wilson (1 sur 3000). Son organisme ne sait pas éliminer l’excédent de cuivre absorbé quotidiennement avec la nourriture. Cette auto-intoxication affecte notamment le système nerveux, la musculature et le psychisme. Depuis novembre 2004, il a passé près de six ans aux HUG, à Loëx, à Beau-Séjour, au Cesco, y compris deux ans à Foyer-Handicap (Genève).

Un miraculé
Après une période critique – où son pronostic vital était réservé – il retrouvera progressivement sa mobilité, la parole et une certaine autonomie, grâce aux bons soins d’éminents professeurs et médecins des HUG et l’appui de spécialistes en Allemagne. Et surtout, grâce à la volonté inébranlable et la discipline rigoureuse de Florian. Il reste néanmoins astreint à vie à un traitement médicamenteux rigoureux. Son séjour à la fondation Foyer-Handicap devait être la première étape vers le retour à une certaine autonomie. De plus, il y exercera ses talents artistiques découverts à l’atelier de peinture de Loëx qu’il a fréquenté assidûment. À fin 2009, Foyer-Handicap commence à faire pression pour que Florian trouve un nouveau lieu de vie. Puis, le 16 mars 2010, estimant qu'elle a atteint ses limites de prise en charge face à des besoins d’ordre psychique, la fondation somme Florian de quitter l’institution au 31 mai 2010. Cela, en totale contradiction avec les propos antérieurs de la directrice générale de Foyer-Handicap ainsi que les règles établies et publiées par cette fondation. Florian est traumatisé. Il affirme qu’il ne quittera Foyer-Handicap que par le balcon du 5e étage.

L'homme bon ne regarde pas les particularités physiques mais sait discerner ces qualités profondes qui rendent les gens humains, et donc frères.
Martin Luther King

Ma vie s’arrête lundi 8 février 2010
Florian annonce ainsi l’arrivée d’une nouvelle directrice qui a décidé de bouleverser le fragile équilibre qu’il a instauré. Pour elle, il est comme tout le monde, point final. Mme Virginia Curcio supprime ainsi tous les petits arrangements patiemment mis au point pour faire face aux besoins d’un malade qui n’est pas autonome. Le harcèlement, les mesquineries, la méchanceté et la provocation seront désormais son lot quotidien. Et sa prémonition sera avérée.

Appel à l’aide extérieure
Florian a parmi ses relations un Brésilien en situation précaire à Genève, Joao, qui l’a déjà aidé lors d’une exposition. C’est lui qui assurera, début juillet 2010, l’aide supprimée par Mme Curcio. Il passera deux nuits dans sa chambre. La seconde nuit, Florian est réveillé par des ronflements comme le tonnerre. Il jette quelques crayons dans sa direction, puis un gobelet d’eau. Sans succès. Il lui verse encore de l’eau sur le visage. Finalement, il traîne le dormeur sur le balcon contigu et peut enfin continuer à dormir. Au matin suivant, il trouvera Joao sans vie. Il est persuadé qu’il est mort asphyxié par son eau sur le visage.

Plongé dans un abîme de désespoir,
tétanisé, en état de choc, Florian n’est plus en état d’agir raisonnablement. Il ne peut rien attendre de Foyer Handicap vu l’hostilité à son égard. La police? C’est pour lui un mur infranchissable. Ses parents? Il craint pour son père, opéré du cœur et victime d’un AVC. Il passera la journée anéanti, avec le corps de Joao sur son balcon.

Un dimanche presque comme tous les autres…
Prévue de longue date, c’est la journée chez ses parents. Des amis viendront le chercher en fin de matinée pour s’y rendre, et le ramèneront chez lui vers 18h. Rien de particulier dans le comportement de Florian, si ce n’est un léger manque d’appétit.

Chercher refuge à l’hôpital
C’est, pour Florian, la seule solution. En pleine nuit du dimanche au lundi, avec l’aide d’une chaise roulante et au prix d’un immense effort, il en prend la direction. Mais bientôt à bout de force, il place le corps entre deux bacs à fleurs, dans une rue voisine, et retourne dans sa chambre, épuisé.

La descente aux enfers
Lundi 5 juillet, Florian est à l’atelier de peinture de FH. Quatre policiers viennent le chercher. Il les suivra sans problème. Ils l’interrogeront durant plus de cinq heures, avec ménagement. Une juge d’instruction l’interrogera brièvement, sans ménagement, le traitant comme un meurtrier. A la Chambre d’accusation, il ne peut s’empêcher de protester contre des accusations inacceptables. Il est rappelé à l’ordre. Après une nuit à la police, il est transféré à la prison de Champ-Dollon, en détention préventive pour trois mois, inculpé de meurtre. La première semaine passe. Changement de cellule: il sera battu, blessé, déshabillé. Un transfert au quartier carcéral des HUG le sauve in extremis. Il y subira les examens médicaux périodiques prévus de longue date. Puis il sera transféré à Belle-Idée où nous avons enfin pu lui rendu visite. Il est déprimé, à bout. Ce n’est plus possible! Le régime carcéral de la clinique est très dur. Retour lundi 9 août à Champ-Dollon! Le 5e transfert en un mois! Ces va-et-vient ne permettent plus de respecter l’horaire rigoureux de ses prises de médicaments.

Ordre et contrordre
La veille de l’échéance des trois mois, la juge prolonge la détention de trois mois (octobre, novembre et décembre). Quelques heures plus tard, la Chambre d’accusation libère Florian sans condition. Il est accueilli chez ses parents.

Le rapport d’autopsie, daté du 22 décembre 2010, nous est enfin parvenu le 27 janvier 2011: Joao est mort suite à une overdose aiguë d’un antidépresseur (Tryptisol). C’était l’hypothèse que nous avions très tôt envisagée, notamment lorsque nous avons appris que Joao était amoureux de Florian. Un amour sans retour.

Jugement
La justice procédera néanmoins à la reconstitution du drame et classera la procédure pour meurtre. Elle se concentrera désormais sur l’infraction d’atteinte à la paix des morts qui sera jugée le 28 mars 2012: Florian est condamné à 30 jours-amende de prison avec deux ans de sursis. Il devra verser près de 10'000 francs pour réparation de dommages et tort moral à la famille de Joao. On lui reproche d’avoir malmené le corps sans vie et d’avoir utilisé des sacs-poubelles pour maintenir ses membres en place durant le transport, ce qui témoignerait d’un profond mépris pour la victime…

Conclusion
Ainsi la justice refuse d’admettre s’être fourvoyée dans son appréciation initiale des faits. Florian n’a eu droit à aucune excuse ni indemnité pour trois mois de prison injustifiés. Elle a montré un acharnement équivoque à accabler un malade souffrant d’un sérieux handicap physique et psychique qui se trouve être victime innocente d’un acte de désespoir. Nous avons fait appel contre ce jugement, sans succès. Et avons renoncé à saisir le Tribunal fédéral.

Les vrais responsables n’ont jamais été inquiétés
Tenus au courant des dysfonctionnements de Foyer Handicap (FH) qui ont amené Florian à faire appel à l’aide extérieure, ces personnes ont ignoré nos requêtes. Elles portent une lourde responsabilité dans cette tragédie: Pierre Hiltpold, président de FH; François Longchamp, conseiller d’Etat; Claudia Grassi, directrice générale de FH; Virginia Curcio, directrice Résidence Sabet de FH, qui a envoyé un certificat médical en réponse à une convocation du tribunal.

Paul et Helga Bonny

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