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Octobre 2011 
Interview d'une postière d'un village vaudois
Auteur : Mousse Boulanger

Pensez-vous que la poste est encore un service public?

Nous, les employés luttons pour que la poste reste un service public; le syndicat est avec nous.
Pour les dirigeants ce n'est pas pareil, seuls le profit et le rendement sont les objectifs.


Dans votre travail avez-vous subi des pressions? Une difficulté à satisfaire la clientèle?

Oui, dans mon travail j'ai subi de la pression et du stress, surtout au niveau de la vente, toujours plus, souvent avec des objectifs irréalisables avec des produits qui n'ont rien à voir avec la poste. Exemple: assurance non vie, soit: assurance voyage, assurance voiture, vente natel, loterie, Swisscom, TV, etc.


Vous a-t-il été facile de vendre des billets de loterie?

Vendre de la loterie n'est pas chose facile mis à part les habitués qui en achètent systématiquement.
Les rayons papeteries sont une vente facile car les gens prennent ce dont ils ont besoin. Ce qu'on oublie, c'est le travail que cela nous occasionne; pour la loterie: commandes, contrôles; pour tout le reste chaque mois contrôle du stock.


Ce nouveau système a-t-il compliqué votre tâche?

Ce nouveau système procure des recettes pour la Poste mais nous donne du travail supplémentaire qu'il faut faire entre les services au guichet.


Les usagers de la poste ont-ils ressenti un manque de disponibilité du personnel?

Effectivement les usagers disent souvent: «Ce n'est plus une poste mais c'est un magasin». Il y a aussi ceux qui ne sont pas contents d'attendre quand on vend un objet (natel) qui prend beaucoup de temps, car il faut faire un enregistrement, donner des explications, etc. Toutes ces nouveautés peuvent prendre jusqu'à 20 minutes, alors si on est seule il y a tout de suite la file.


Craignez-vous pour l'avenir de votre bureau postal?  Quels sont les critères pour fermer une poste?

Je ne crains pas la fermeture de la poste de Mézières car les bureaux environnants ont été fermés, donc pour l'instant, rien à craindre. Les critères pour la fermeture de bureaux sont difficiles à comprendre: remièrement, bureau trop près l'un de l'autre; 2) peu de clients, donc pas rentable; 3) chiffre pas atteint; 4) bureaux non informatisés.


N'y a-t-il pas un pan de la population qui souffre de ne plus voir le facteur, de ne plus se rendre au guichet pour retirer paquets ou courrier, effectuer ses paiements?

Effectivement une bonne partie de la population n'est pas satisfaite de ne plus voir même le facteur car il y a un changement impressionnant de personnel, ceci même au guichet. Là où le bureau a été fermé, exemple Ropraz, il y a un service à domicile qui fonctionne comme suit: le facteur effectue sa tournée; si le client a besoin d'un service il met à l'ouverture de sa boîte aux lettres un écriteau (fourni par la poste). Cela veut dire que le facteur doit aller à l'intérieur et qu'il est dans l'obligation de prendre chez le client: versements, lettres, colis, etc. Le lendemain il rend l'argent que les dames des guichets auront mis dans une enveloppe. Pour les personnes âgées ce service est satisfaisant en général, elles sont contentes.


Selon vous, pourquoi toutes ces restrictions. On sait que la poste fait chaque année des bénéfices.

Toutes ces restrictions simplement pour fermer les bureaux, travailler avec le minimum de monde afin d'augmenter encore les bénéfices. D'après moi ce n'est pas du tout le but d'un service public.


Y a-t-il des ordres qui vous semblent absurdes?

Souvent nous recevons des ordres si absurdes qu'ils ne durent que quelque temps, après on revient en arrière.


Comment vos chefs vous considèrent-ils? Comme des associés, des égaux, des inférieurs?

Nos chefs nous considèrent souvent comme des collègues, avec la certitude que tout est facile pour nous, sans considération et sans grande reconnaissance pour notre travail.


Pensez-vous que le courrier est toujours acheminé avec la même précision, la même rapidité?

En ce qui concerne le courrier je dirai que nous avons changé de système il y a plusieurs années; plus de sacs, plus besoin d'attacher des liasses de lettres, remplacées par de simples caisses différenciées «courrier A» et «courrier B». Au niveau précision et rapidité, je dois dire que c'est bien à environ 98%.


Quels sont, selon vous, les buts que se fixe la direction? Est-elle en train de préparer d'autres changements?

Je pense que les dirigeants se préparent à de très grands changements, selon les informations que nous avons.
Propos recueillis par Mousse Boulanger

 


«L'honneur et le profit ne couchent pas dans le même lit».
Cervantes


«Il ne se fait aucun profit qu'au dommage d'autrui».
Montaigne, Essais

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