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Juin 2011 
Réflexions
Auteur : Henri Jaccottet

En guise d'incipit au journal L'Essor (version papier) on trouve cette citation de Paul éluard: «Il y a des mots qui font vivre».

Mais il y a aussi des mots qui font peur. Ainsi cette affirmation d'un « très sage » dont je ne me souviens pas du nom: « Avant les hommes il y avait les forêts; après eux… le désert ». Ce mot désert m'a donné comme un coup de poing au creux de l'estomac. Pire, cette remarque est fondée: après nombre de précurseurs du type Al Gore, Hubert Reeves nous le confirme dans son livre Mal de Terre.

Par effet de serre, notre climat s'est détérioré; depuis des décennies, les médias nous en font constater les retombées jour après jour: fonte des glaciers et du permafrost, sécheresses et inondations de ci de là au même moment, éboulements de terrains, élévation du niveau des océans. Et quand des gens comme Pierre Lehmann conseillent pour y remédier des «sociétés de proximité et des économies de subsistance», rien ne bouge car les trop nombreux bénéficiaires du système actuel (consommation débridée d'énergies) n'imaginent pas un instant renoncer à leurs privilèges que sont des industries florissantes, des habitats tout confort par n'importe quel temps, des moyens de transport innombrables et de plus en plus performants.

Et puis, plus récemment en Afrique du Nord et bientôt en Europe du Sud, la jeune génération dotée d'un courage à toute épreuve – on peut le dire – se dresse en exigeant un changement radical de la politique respective de leurs pays. Que s'est-il passé? Les régimes totalitaires (fascisme, national-socialisme, soviétisme) se sont rendus responsables des pires méfaits jamais réalisés durant la guerre de 1939-45, au mépris de la liberté de pensée et des droits humains: génocides, camps de concentration, tortures, misère dans toute l'Europe.

Dans l'après-guerre et en opposition à ces doctrines, une vague d'individualisme forcené (1968) a gagné l'ensemble des pays dits développés et la doctrine néolibéraliste (d'origine américaine) a porté l'estocade à toutes les démocraties vieillissantes. Résultat: des tyranneaux dépourvus de scrupules en ont profité pour imiter leurs prédécesseurs du XXe siècle au sud de la Méditerranée, alors qu'au nord de cette dernière, le néolibéralisme gangrène plusieurs pays en leur imposant sa politique dont on connaît les effets: on n'y a jamais vu autant de fortunes faramineuses et autant de pauvres dans le reste de la population, une sorte de despotisme nouvelle mode. Or, Benjamin Constant l'affirmait déjà à son épouse: «Le despotisme n'a aucun droit». Et vive l'essor qui nous permet de dire sincèrement ce qu'on pense.


Les excès de la liberté mènent au despotisme;
les excès de la tyrannie ne mènent qu'à la tyrannie.

Chateaubriand

 

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