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Décembre 2010 
Les religions monothéistes et les apports de l’islam
Auteur : Pierre Lehmann

Poser la question des apports de l'islam me semble quelque peu irréaliste. Ne peuvent répondre, à mon avis, que ceux qui pratiquent cette religion, à savoir les musulmans. Il n'en reste pas moins vrai que la culture islamique a produit des merveilles architecturales que tout le monde peut admirer comme l'Alahambra à Grenade et la grande mosquée de Cordoue (à l'intérieur de laquelle se trouve incidemment une église chrétienne) et certainement bien d'autres contributions au patrimoine de l'humanité, que ce soit dans le domaine de l'art ou de la littérature.

Le problème aujourd'hui est que l'islam est souvent perçu comme une religion agressive par ceux qui ne la partagent pas, même si la plupart des musulmans sont des gens pacifiques, capables de s'adapter à d'autres cultures. Mais il y a le djihad et les imprécations de certains imams, ayatollas et chefs d'Etat musulmans qui dérangent.

On ne devrait cependant pas oublier que les juifs et les chrétiens ont aussi eu leurs périodes d'agressivité et qu'il y a encore aujourd'hui des chefs d'Etat qui font la guerre avec le soutien des communautés chrétiennes dont ils sont membres. L'ex-président George W. Bush en est un exemple récent. La Bible dit pourtant «Tu ne tueras point» (Exode 20.13). Et Israël, sous la conduite de David Ben Gourion, a procédé au nettoyage ethnique de la Palestine, ce qui constitue un crime contre l'humanité.

Tant l'islam que le christianisme et le judaïsme sont des religions monothéistes munies de structures de pouvoir qui prétendent connaître l'inconnaissable et prescrire ce qu'il faut croire.

Plutôt que de mettre en opposition les apports de l'islam et du christianisme, il me semble plus approprié de comparer différentes formes de religiosité comme le monothéisme, le polythéisme, voire les religions animistes. Les anciens Grecs avaient beaucoup de dieux et estimaient que tous devaient être honorés, y compris Bacchus, dieu du vin. Cela avait au moins le mérite de la flexibilité.

Toute religion cherche, me semble-t-il, à répondre à un questionnement naturel de l'être humain, lequel se sent complètement dépassé par l'immensité du cosmos et surtout par l'infinie complexité et diversité de la vie. Il cherche alors à se relier (d'où le terme religion) à une puissance supérieure qu'il met à l'origine de ce phénomène merveilleux mais incompréhensible. Bien sûr qu'il y a des théories de l'évolution plus ou moins scientifiques pour expliquer l'évolution du vivant et l'apparition de l'homme mais elles ont de la peine à convaincre (voir: Joachim Illies, Der Jahrhundert Irrtum : Wurdigung und Kritik des Darwinismus, Umschau Verlag, 1983) car elles font une trop grande place au hasard et qu'il est un peu difficile de croire que «l'homme soit uniquement le produit de l'erreur et de la statistique» (voir: Hansueli F. Etter: L'évolution en tant que continu synchronistique, dans La Synchronicité, l'âme et la Science, Albin Michel 1999).

De faire appel à une puissance divine, à un grand ordonnateur, est pour le moins compréhensible, même si l'on n'est pas en mesure d'en concevoir la nature. Chacun peut s'en faire sa propre conception et, s'il en éprouve le besoin, lui faire allégeance. L'incertitude et la perspective de la mort sont plus difficiles à accepter sans une représentation d'un au-delà que les religions peuvent fournir. Cela a ouvert la voie au prosélytisme et a permis à des religions dont l'islam et le christianisme d'envahir quasiment le monde entier. Si la foi apporte effectivement consolation et sérénité, l'adhésion à une religion peut être considérée comme bénéfique, mais à condition, me semble-t-il, qu'on ne cherche pas à imposer sa vérité à d'autres.

Malheureusement cela n'est pas toujours le cas et des guerres de religion ont eu lieu et semblent vouloir se poursuivre. Les religions monothéistes sont des causes de conflit probablement du fait de leurs structures de pouvoir. Les religions polythéistes ou animistes sont manifestement moins portées à la conquête. L'écrivain allemand Carl Amery, pourtant catholique, a suggéré que le christianisme avait une grande part de responsabilité dans l'Etat délabré du monde actuel (Carl Amery: Das Ende der Vorsehung, dans Die okologische Chance, Suddeutscher Verlag, 1995).

En conclusion, il me semble que l'apport de l'islam, comme celui du christianisme, réside surtout dans la foi et la sérénité que ces religions peuvent donner à ceux qui les adoptent, et l'élan créateur qui peut en résulter. En ce qui concerne la paix sur la Terre ce n'est pas encore gagné.

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