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Octobre 2008 
Qu’elle est belle, mon image!
Auteur : Edith Samba

Si le pouvoir de synthèse et de séduction conféré à l’image est indéniable, c’est dire aussi sa capacité à détourner, conditionner, mentir, alimenter ou confirmer des préjugés. Pour illustrer des articles sur l’Afrique par exemple, nous avons droit à des images de famine ou de manifestations pour des sujets politiques, des femmes aux puits et des plages de rêves venant des touropérateurs… On peut s’amuser, fort modérément je le reconnais, à faire la liste des archétypes illustrés de chaque pays, chaque situation et observer la constance des représentations. Une djellaba avec turban doit nous rappeler l’existence des talibans, une femme la tête dans les mains les violences conjugales, un ours sur une banquise le réchauffement climatique… C’est sûr que ça aide à boucler à temps les quotidiens du lendemain, d’autant plus volontiers si l’info se doit d’être gratuite et populaire, et à laisser nager le citoyen dans une illusoire impression de «savoir».

Un phénomène pas vraiment nouveau, mais qui prend une ampleur considérable actuellement, est «l’image de marque». Toute personne ayant une quelconque activité publique peut découvrir une foule de sites sur internet qui la citent, l’exploitent, l’encensent ou démolissent son engagement. Que ce soit pour une ville, une région, une entreprise, un personnage public, une décision politique, chacun se doit de faire surveiller son image par de nouveaux professionnels, chargés de la contrôler, éventuellement de la «corriger». Ce qui fait prospérer des procédés, parfois amusants, mais surtout très inquiétants.

« … jamais aucun gouvernement n’ordonna qu’on adorât une image comme le dieu suprême de la nature. Les anciens Chaldéens, les anciens Arabes, les anciens Perses, n’eurent longtemps ni images, ni temples. Ils révéraient ce qu’ils voyaient.»

— Voltaire, l’Idolâtrie.

Les chaumières neuchâteloises s’amusent encore de la plaisanterie concernant la pelouse artificielle de la Maladière, changée à grands frais en beau gazon vert et tendre à souhait à l’occasion de l’Euro2008: les responsables considéraient que cela aurait meilleure façon pour dorer l’image touristique à portée internationale de la ville- hôtesse. Cette herbe fraîche, foulée par de divins pieds et revendue en petits pots dans l’idée de récupérer un tant soit peu la mise, ne rencontra pas le succès escompté.

Cela devient beaucoup plus grave quand des entreprises, des gouvernements payent pour faire infiltrer ici, assassiner là-bas, disparaître des documents, interdire ou reporter à pas d’heure la diffusion de documentaires. C’est la démocratie qu’on assassine et les méthodes mafieuses qui prennent le relais.

À nous de rester extrêmement vigilants, de continuer d’aller chercher audelà des apparences les véritables informations qui nous permettront de mieux comprendre ce qui se passe: être parmi ou encourager, par notre soutien, les «chercheurs de vérité».

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