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Octobre 2008 
Des images, de l’image
Auteur : Daniel Devaud
Je suis le photographe à idée fixe.
Le fleuve, le ciel, l’arbre, l’horizon
S’haranguent dans l’immobile rixe
des couleurs, du vent et des sons.

Chacun le sait, le photographe aussi, les images ne représentent que la fugacité de l’instant. Chacun le sait, les couleurs ne sont que la réponse de la matière à la lumière. Mais sachant que la mémoire visuelle est la principale mémoire des humains, que la vue est le sens le plus développé, les images perçues de la réalité deviennent alors très importantes. Même le mot imagination traduit la mise en images d’une création de l’esprit humain. Et l’homme de la fin du vingtième siècle ne s’est pas trompé en transportant l’image par les ondes et en la mettant à disposition du plus grand nombre par la télévision ou la photographie numérique.

Avant la naissance de la photographie, l’image était essentiellement peinte. Elle reflétait la société et les pays avec plus ou moins de précision, de construction ou de sensibilité. Une fois terminée, l’oeuvre unique et exceptionnelle demeurait chez les privés ou était présentée dans les expositions.

Je suis le photographe sériel.
Je choisis courte ou longue vue.
Diaphragme et objectif artificiel
peignent les flous et les lignes crues.

Avec la photographie, l’image devient sujette à manipulation. Celles-ci peuvent être techniques comme la suppression d’yeux rouges mais elles peuvent changer le sens de la prise de vue en modifiant le cadrage, voire en supprimant un personnage. Comment distinguer pour le jeune spectateur un reportage consacré aux dinosaures et un reportage réalisé en observant les ours? De sorte qu’une image s’exprime actuellement par un langage et comme tout langage, elle demande une lecture et un apprentissage. Comprendre une image dans son message n’est souvent plus du tout anodin.

On pourrait croire que seule l’image qui aide à la guérison demande un apprentissage. Cette forme de photographie par ondes (radiographie, scanner, résonance magnétique) produit des images utiles à des spécialistes. On sait par exemple que les images de la bande dessinée de Tintin au Congo reflètent la mentalité d’une époque en véhiculant une attitude particulière vis-à-vis des Africains. L’apprentissage du contexte historique est donc nécessaire pour cet exemple.

Lors d’un reportage d’actualité, une succession d’images transmet alors un message que le texte oral complète. Il est indispensable de se rappeler qu’il ne s’agit pas de vérité mais d’une interprétation subjective des événements selon la vision du photographe, du journaliste ou du producteur. L’image, quoique subjective, possède alors un pouvoir qui lui est propre. Elle a souvent une portée politique qui demande interprétation et distanciation de la part du lecteur et une véritable éthique pour le producteur. L’image peut même devenir manipulatrice par sa répétition et par l’accoutumance du lecteur qui y est régulièrement plongé. Une véritable éthique est également demandée au lecteur dans certains sites Internet théoriquement destinés aux adultes.

Le paysage du monde saigne à hurler,
Pupilles vides, presbytes ou myopes,
Cataractes, cristallins cristallisés,
Je crains ces effrayants cyclopes.

Pas étonnant alors que l’image soit le souci des gens et des responsables de collectivités. Non seulement ce paraître remplace l’être dans la hiérarchie des importances, mais il influence souvent des décisions de fond. Ainsi, certaines localités préfèrent attirer les touristes par l’image que leur ville donne plutôt que de satisfaire le confort de vie des habitants. Et il est extrêmement difficile pour une association de se faire reconnaître sans créer des événements qui peuvent être rendus par l’image.

Combien de fois faut-il changer l’emballage d’un produit pour le rendre nouveau et intéressant? L’effet de mode est toujours un effet d’image. Privilégier le look dans les achats sans trop se soucier de la qualité du produit ni du prix de cet acte, juger le camarade à son look pour le fréquenter ou le refuser sont deux attitudes très courantes parmi les jeunes et modifie ainsi les relations sociales autant sinon plus que la sympathie.

Je suis le photographe occasionnel.
Lorsque le paysage goûte ses humeurs,
J’en capte le battement émotionnel,
Des soleils filtrés en vapeurs.

Savoir que l’image possède un pouvoir devrait permettre d’essayer de comprendre que l’essentiel se lit à travers l’image, derrière l’image. En connaître la provenance, découvrir l’intention, recevoir mais dépasser l’émotion font partie de la lecture actuelle de celui qui regarde. Et surtout, devant le surnombre d’images, l’essentiel ne serait-il pas de ne garder en mémoire que celles qui illustrent la beauté.

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