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Juin 2008 
Rencontre interculturelle à Deir Mar Musa
Auteur : Pierre-Ami Béguin

Rencontre interculturelle à Deir Mar Musa
Une ouverture au dialogue entre chrétiens et musulmans

Mar Musa est une communauté monastique de tradition catholique syriaque se regroupant autour de Paolo Dell Oglio, son fondateur qui appartient à l’ordre des jésuites, avant de s’affilier à l’Eglise catholique syriaque. Sa vocation est le dialogue entre chrétiens et musulmans au Proche-Orient et une réconciliation entre le religions reconnaissant Abraham comme Prophète. Depuis 1991, les moines et les laïcs vivent dans la montagne, près de Nebek dans le cloître de Deir Mar Musa, fondé en 1058, riche de fresques du 12e au 14e siècles. La Communauté se compose actuellement de six moines et quatre nonnes et quelques volontaires à long terme et novices. Deux nouveaux bâtiments ont été construits en style traditionnel pour l’hébergement des femmes et des salles de séminaires ainsi que pour les hommes et la fromagerie. Dans le bâtiment ancien se trouve l’église, les cuisines, l’administration et la bibliothèque. Le site est imposant à la sortie d’une gorge de la montagne à 1300 m d’altitude, dans un climat semi désertique.

Lors de mon voyage en Syrie, j’ai visité depuis Damas deux villages chrétiens, Sednaya et ses cloîtres orthodoxes, et Maaloula, village et cloître orthodoxe situé à la sortie d’une gorge étroite où se serait enfuie Sainte Thékla . Pour atteindre Mar Musa, j’ai voyagé en bus jusque à Nebek, à 90 km de Damas, sur la route de Homs, depuis là environ 15 km par une petite route dans une vallée torride. A pied par près de 40°, je suis monté par le chemin montant au cloître accroché à la pente rocheuse. J’ai participé pendant 4 jours à la rencontre interculturelle et musicale qui commençait le lendemain.

Au cloître, un séminaire interculturel s’est déroulé du 16 au 20 juillet 2007 avec la participation d’une bonne centaine de participants. Cette rencontre s’adressait surtout aux jeunes de Syrie de confession musulmane et chrétienne. La discussion était organisée en conférences plénières avec traduction simultanée en anglais pour les participants non arabes, et en groupes d’échange pour approfondir les thèmes présentés et faire le lien avec l’expérience personnelle, les aspirations et les besoins de chacun. Les représentants des six groupes évoquent avec passion et enthousiasme les idées apparues. Comme introduction, Jens, moine ayant vécu à Zurich, parle du vocabulaire du dialogue interculturel. Chacun a plusieurs identités, personnelles, celle de son quartier, culturelle et religieuse. L’engagement dans les conflits entre juste ou faux peut provoquer un sentiment d’insécurité, puis de violence. Le dialogue social modifie cette peur de l’autre, en amour du prochain. Notre expérience concrète forme notre identité culturelle, l’appartenance à un groupe. Par exemple comme musulman ou comme chrétien, je n’accepte pas tout du comportement des autres. L’éducation religieuse n’est pas du fondamentalisme.

Soeur Houda parle du développement de l’identité culturelle et de son expérience pendant ses 5 années de séminaire à Rome, comme chrétienne arabe, en contact avec la culture italienne, qui lui a permis d’approfondir sa propre identité. Le crash des civilisations, la globalisation et le fondamentalisme sont les thèmes de discussion du deuxième jour.

La globalisation est une idée politique, une civilisation et un pays (USA) se développe en combattant, veut dominer le monde et imposer sa vision de la démocratie. En Syrie, nous n’avons pas toutes les possibilités économiques de l’Occident. La globalisation peut être dangereuse si le monde entier est comparé et dominé par un seul pays. Le pardon est une réconciliation. La communication non-violente est nécessaire pour développer le dialogue interreligieux et interculturel; elle peut aider à résoudre les conflits. Les jeunes deviennent conscients de leur responsabilité pour faire évoluer le monde dans lequel ils vivent, vers plus de respect et de non-violence.

J’ai apprécié les échanges parfois intensifs entre ces personnes de religions et de cultures différentes, dans le respect de l’autre et de son individualité. Des représentants des traditions catholiques syriaque, orthodoxe, réformé arménienne, soufie, musulmane sunnite, des élèves de Sheikh Jawdat Saed, pratiquant la non-violence à Quneitra dans le Golan participent à cette rencontres. Certains participants sont des hôtes réguliers de Mar Musa ou sont déjà venu pour d’autres rencontres.

Lors des échanges sur les expériences personnelles, le père Paolo m’a offert de parler de la non-violence gandhienne, de la communauté de l’Arche de Lanza del Vasto et des actions non-violentes telles que la lutte contre les OGM, la résistance à la construction de Super-Phénix à Creys-Malville avec les compagnons de l’Arche dans une manifestation, la lutte des paysans du Larzac. Il a traduit et commenté en arabe.

Un groupe de musiciens traditionnels de Damas échange ses impressions et ses expériences avec un groupe de jeunes musiciens de Paris qui jouent de la viole de gambe et chantent de la musique baroque. Le résultat de ce dialogue musical et l’harmonie des deux orchestres dans les pièces jouées ensemble furent beaux à entendre lors du concert en fin de la réunion. Plus de 400 personnes de Nebek, les participants au séminaire,ainsi que l’évêque de Homs, un scheik musulman, un pasteur réformé arménien se sont retrouvés pour cette soirée de musique dans la salle d’accueil en dessous de Mar Musa.

Un projet d’un lieu d’étape d’un chemin de pèlerinage d’Abraham, une oasis spirituelle de réconciliation de la région de Damas est mis au concours.

La population de la Syrie se compose d’environ 74 % de musulmans sunnites, 15% d’autres musulmans (chiites, druzes, alaouites) et 10% de chrétiens. L’Eglise catholique syriaque qui poursuit la tradition des premiers siècles des pères du désert conserve comme langue liturgique l’Araméen (à Maalula) ou le Syriaque qui en est proche; elle est rattachée à Rome comme une Eglise d’Orient. Les offices sont en langue arabe. L’Eglise orthodoxe grecque et orthodoxe syriaque est aussi bien représenté à Damas et à Alep qui avait une proportion d’environ 30% de chrétiens. L’église réformée arménienne est aussi présent surtout au Nord du pays.

Adresse de Mar Musa: Paolo d’all Oglio, Deir Mar Musa el-Hayek, P.O Box 178, Nebek, Syrie
www.deirmarmusa.org
Information concernant le projet d’oasis spirituel: www.shamspiritualoasis.org
Adresse de correspondance: Pierre-Ami Béguin, Guetstrasse 13, 8903 Birmensdorf

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