Logo Journal L'Essor
2017 2016 2015 2014 2013 2012 2011 2010
2009 2008 2007 2006 et nos 100 ans d'archives !
Rechercher un seul mot dans les articles :
Index de l'annéeindex de ce numéro Article suivant Numéro suivant
Numéro précédent Article précédent

Octobre 2007 
Santé et solidarité
Auteur : Gisèle Ory

Notre système de santé et notre assurance maladie sont fondés sur le principe de solidarité. Solidarité entre les générations, solidarité entre les sexes et solidarité entre les bien-portant et les malades. Que l’on soit jeune ou âgé, homme ou femme, en pleine santé ou malade chronique, les primes et les prestations sont semblables. Il en est ainsi depuis l’institution de la LAMal (Loi sur l’assurance maladie) dans les années 90.

«Souvenez-vous que l’intérêt des compagnies pharmaceutiques est la maladie».
William Burroughs

Le système de santé suisse est l’un des plus performants du monde par son universalité: tout le monde a accès aux soins les plus pointus et l’hôpital le plus modeste peut assurer une prise en charge de haute qualité.

Largement tributaire du secteur privé, le système de santé suisse est cependant l’un des plus chers du monde, juste après les Etats-Unis. C’est un marché de plus de 40 milliards de francs, que se partagent assureurs, pouvoirs publics, pharmaciens, médecins et autres prestataires de soins et où le patient a bien de la peine à se faire entendre…

Ce système a encore un autre défaut: son financement n’est pas social, car il est fondé sur la «prime par tête». Les assurés paient tous plus ou moins les mêmes primes, qu’ils soient riches ou pauvres. C’est une charge qui pèse très lourdement sur les familles à faibles revenus. Malheureusement, les tentatives d’en faire une assurance plus sociale et de faire évoluer les primes en fonction des revenus ont toutes échoué en votations populaires.

En revanche, les idées ne manquent pas pour rendre cette assurance moins solidaire ou moins performante. Je citerai l’idée de faire payer à des groupes de personnes à risques les frais plus élevés qu’elles entraînent, par exemple les fumeurs, les malades chroniques, ou les personnes âgées. L’idée de lever l’obligation de contracter, et de limiter ainsi le choix du médecin, est plus dangereuse, parce qu’elle est susceptible de trouver une majorité au Parlement… mais seulement après les élections. Chacun sait qu’elle est impopulaire.

Certaines autres idées ont déjà été acceptées. Je parle de l’augmentation des franchises et des participations aux coûts des traitements, décidée par Pascal Couchepin. C’est une manière de réduire la solidarité en mettant plus de frais à la charge des malades.

Le même résultat est atteint, lorsqu’on réduit les prestations remboursées par l’assurance de base. Les plus démunis n’ont alors plus accès qu’aux soins minimaux couverts par l’assurance de base et les plus aisés peuvent s’offrir des assurances complémentaires, qui couvrent toutes les autres prestations.

Les assureurs maladie ont avantage à avoir une assurance de base aussi maigre que possible, car elle ne leur rapporte pas de bénéfice, et à promouvoir les assurances complémentaires, très lucratives. Or, chaque fois que l’on retire une prestation de l’assurance de base, on rend les assurances complémentaires plus attractives et plus utiles.

Nous venons d’en avoir un exemple: Pascal Couchepin a refusé la prise en charge par la base des médecines naturelles, telles que l’homéopathie, et la même semaine, les grands groupes proposaient des assurances complémentaires couvrant ces traitements.

«N’allez jamais chez un docteur dont les plantes de la salle d’attente sont mortes»
Erma Bombeck

Cette logique est poussée à l’extrême dans l’initiative de l’UDC dite «Pour la baisse des primes dans l’assurance maladie». Quand on lit le titre, on a l’impression que l’intention est bonne. Il n’en est rien. Il s’agit en réalité de diminuer drastiquement le catalogue de base, soit de ne rembourser que le strict minimum et de couvrir tout le reste par des assurances complémentaires. Ce que cette initiative propose, c’est une médecine à deux vitesses: le strict minimum pour les démunis et la médecine de luxe pour ceux et celles qui peuvent se l’offrir.

Cela se rapproche dangereusement du système américain: une médecine extrêmement chère, des assurances qui ne remboursent que ce qu’elles veulent bien, des millions de gens qui n’ont plus accès qu’aux soins minimaux…

Il y aura votation populaire. Gageons que le peuple verra les gigantesques enjeux de ce choix de société et votera non au démantèlement de la LAMal.

Gisèle Ory, ministre de la santé,
canton de Neuchâtel

Espace réservé : Rédaction
© Journal L'Essor 1905-2017   |   Reproduction autorisée avec mention de la source et annonce à la Rédaction  |       Corrections ?