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Février 2007 
Contraintes postales
Auteur : Mousse Boulanger

La Poste s’effrite, la Poste se ratatine, la Poste pèse lourd sur le travail de ses employés. En sept ans plus de 1700 bureaux ont été fermés. Les heures d’ouverture de ceux qui restent se rétrécissent comme peau de chagrin. Des centaines d’emplois ont passé à la trappe. Tout cela sans égard ni pour les postiers et les facteurs, ni pour les usagers qui n’ont plus droit à cette appellation parce qu’ils sont devenus des clients, plus clairement dit: des cochons de payants!

Chaque fois qu’un bureau postal se voit obligé, par sa direction, à diminuer ses heures d’ouverture, les salaires des responsables (ils ont définitivement perdu leur nom de buralistes) sont rognés en conséquence. Ceux qui ont établi leur budget, qui ont fait des projets d’avenir – par exemple l’achat d’un appartement ou d’une maison – se retrouvent, soit par diminution du temps de travail, soit encore par déplacement, dans des situations financières dramatiques. En effet, la direction, après avoir décidé de fermer la poste dans un village, peut expédier son employé à des dizaines de kilomètres de son lieu d’habitation, même dans un autre canton, sans prendre en considération sa situation familiale. Si celui-ci refuse deux de ces révoltantes propositions, alors il n’a plus qu’à quitter l’entreprise, aucune autre alternative n’entre en considération.

Il faut aussi noter la fermeture de 18 centres-courriers, et l’éclatement en différents lieux de regroupements administratifs dont les bureaux postaux deviendront des filiales . Le statut de responsable, pour 1500 bureaux, va disparaître entraînant une diminution du temps de travail, une baisse des salaires. Ils sont, dès maintenant, considérés comme des vendeurs. La direction de La Poste a déterminé que les postiers n’ont pas à fonctionner comme lien social. Donc restriction des contacts. Dans le projet baptisé YMAGO, 500 postes seront supprimés, sans licenciements, selon les négociations syndicales, mais où et comment seront aménagés les nouveaux postes de travail?

Les facteurs, ces messagers quotidiens, ne sont pas mieux considérés. Tout leur est minuté au cent millième de seconde. Oui, vous avez bien lu. Au cent millième de seconde. Cela commence par le tri effectué chaque matin avant la distribution. Chaque geste, chaque tâche sont chronométrés. Idem pour le temps utilisé de la voiture postale à la boîte à lettres. C’est sur l’addition de ce minutage que le salaire du facteur est calculé.

Il faudrait encore parler d’un système de sous-traitance qui emploie du personnel non formé, sans aucune protection sociale, à des taux de salaire les plus bas. C’est dans ce sens que la direction prépare une fluidification du temps de travail des facteurs, sous le terme de Move-it. La cerise sur le gâteau, ce sont les 5 minutes par jour, accordées aux responsables de filiales (c’est-à-dire le bureau postal) pour maintenir leur office propre en ordre! Pas une minute de plus.

Cette déshumanisation du travail provoque des dépressions, des burn- out, même des suicides, ce dont la direction ne s’émeut nullement. Les acquis du 20e siècle sont peu à peu éliminés pour ne laisser que le désespoir.

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