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Février 2007 
Personnes en situation de handicap : encore une chance de travailler?
Auteur : Roger Cosandey

Si l’on veut véritablement diminuer le nombre de rentes de l’Assurance Invalidité, comme la 5e révision le suggère, il faut avant tout améliorer l’insertion professionnelle des personnes atteintes dans leur intégrité physique, sensorielle, mentale ou psychique. Or, depuis plusieurs années, on voit se restreindre dramatiquement les emplois confiés à des personnes vivant en situation de handicap. Pourquoi connaissons-nous cette pénurie d’emplois et comment peut-on résoudre le problème? Nous tenterons, sinon de répondre, du moins de fournir des pistes.

Selon des sondages effectués récemment en Europe, il apparaît que la Suisse est l’un des pays qui connaît le plus fort taux de chômage parmi les personnes handicapées. Beaucoup d’employeurs sont frileux et n’osent pas engager une personne handicapée de peur de ne pas pouvoir la licencier si elle ne donne pas satisfaction. Par ailleurs, le monde du travail s’est modifié: il n’existe pratiquement plus de travaux répétitifs pouvant être confiés à des employés aux capacités limitées. De nos jours, seules la performance et la flexibilité comptent. Or, une personne ayant une déficience mentale, par exemple, ne peut disposer de la mobilité nécessaire pour se remettre sans cesse en question. L’évolution technologique a aussi fait disparaître des postes de travail; songeons notamment aux nombreux téléphonistes aveugles qui trouvaient du travail dans des administrations ou des entreprises importantes. Aujourd’hui, les accès téléphoniques directs ont pour conséquence que le nombre de téléphonistes a chuté et que, de surcroît, les titulaires de ces emplois se voient confier des tâches incompatibles avec une déficience visuelle.

«Le travail ne s’accomplit plus avec la conscience orgueilleuse qu’on est utile, mais avec le sentiment humiliant et angoissant de posséder un privilège octroyé par une passagère faveur du sort».
– Simone Weil

Comme on peut le constater, ce n’est peut-être pas délibérément que les employeurs engagent fort peu de personnes en situation de handicap.

L’évolution du monde du travail a fait qu’il faut être en parfaite santé pour avoir une chance de ne pas demeurer au bord de la route. Cet état de chose est-il inéluctable? N’y a-t-il vraiment rien à faire pour que la majorité des personnes en situation de handicap puisse s’insérer dans une vie professionnelle satisfaisante?

Mesures d’incitation

Le volontarisme ne donnant apparemment pas des résultats satisfaisants, il conviendrait de songer à des incitations fortes qui rappelleraient les employeurs à leurs responsabilités sociales. On évoque souvent un système de quotas tel qu’il est appliqué dans de nombreux pays européens. A partir d’un certain nombre de collaborateurs, une entreprise doit engager un certain pourcentage de personnes handicapées. Si elle ne le fait pas, elle doit payer une indemnité qui est généralement utilisée pour adapter des postes de travail. Cette solution est discutée en Suisse dans la communauté des personnes handicapées. Elle ne fait pas l’unanimité car certains craignent avec raison d’être éventuellement engagés parce qu’ils sont handicapés et non pas en fonction de leurs compétences. Lors de la discussion relative à la 5e révision de la LAI, le Parlement a rejeté massivement l’idée d’introduire un tel système dans notre pays.

D’autres mesures incitatives peuvent être envisagées, comme des allègements fiscaux ou un accompagnement temporaire par un conseiller, par exemple un collaborateur de l’AI.

Les entreprises doivent par ailleurs tout mettre en oeuvre pour conserver dans leur contingent d’employés eux qui connaissent des problèmes de santé. Le monde du travail est parfois usant; il ne faut pas que l’on puisse rejeter sans autre forme de procès des collaborateurs qui se sont littéralement «tués au travail».

«Il a fallu en venir aux siècles du progrès et de l’intelligence pour que se manifestât, avec une brutalité croissante, le mépris du travail entraînant le mépris du travailleur. Du jour où l’on réduit le travail à être seulement défini par la capacité de production et par le rendement, on en a fait une matière amorphe sans aucun rapport avec l’être humain».
– Daniel Rops

Et maintenant, que faire?

Il ne sert à rien de se lamenter; il faut rechercher des solutions pragmatiques. Plutôt que de diminuer le nombre de rentes, le Conseil fédéral et le Parlement feraient mieux de réfléchir à des solutions qui offriraient un véritable soutien aux employeurs prêts à tenter l’expérience d’engager des personnes handicapées. Les offices AI devraient être mieux équipés pour pouvoir dispenser des informations sur les capacités réelles des personnes qu’ils ont à placer. Les collaborateurs de ces offices sont souvent mal renseignés eux-mêmes sur les potentialités des gens dont ils s’occupent. Avant toute autre mesure, c’est donc l’information qui devrait être améliorée. Les associations d’entraide des handicapés devraient être associées à ce processus. Un effort d’information ne doit d’ailleurs pas seulement être consenti à l’égard des employeurs potentiels mais bien de la société dans son ensemble. Actuellement encore, on juge une personne handicapée en fonction de sa déficience. Il faudrait qu’on la juge en fonction des potentialités qui lui restent. Quand on aura fait ce pas, on aura grandement contribué à une meilleure inclusion.

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