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Juin 2006 
École de la rue Tolbiac
Auteur : Abou Samba

En ce début de matinée, les rayons du soleil percent timidement un ciel voilé. Progressivement, ils finiront par vaincre, mais le «combat est incertain »…

Il y a vingt-sept ans qu’Amoulyakar, qui signifie «Sans espoir», a créé l’école de la rue pour les enfants défavorisés des banlieues, pour communiquer «le savoir que nous savons ». «Pour chaque société, dit-il, l’éducation est le moyen par lequel elle prépare dans le coeur des enfants les conditions essentielles de sa propre existence. L’éducation est une socialisation… de la jeune génération».

Mais le chemin qu’il faut emprunter pour accéder au partage des connaissances est semé d’embûches. Amoulyakar habite à 40 km de Dakar et le bus quotidien est trop cher. Son école? Des cahutes faites de planches, un container sert de salles de classe.

Au-delà de l’anecdote et du pittoresque, il oppose au formalisme académique une soif de transmettre le savoir aux plus jeunes. On serait tenté de croire que, de nos jours, peu de gens sont disposés à donner d’euxmêmes, pour «faire quelque chose» en faveur de leurs semblables.

«Perturbés par les bruits de la circulation et des sautes dans la concentration, le mot d’ordre reste: être inventif et… récréatif pour les quatorze enseignants bénévoles, américains, scandinaves, français, etc., confie-til de sa voix assurée; je ne veux pas qu’on leur vole leur enfance».

Enseignants débordés, murs délabrés, mobilier usé, tableau râpé, manque de craies, manque de livres, manque de tout, la débrouille, les combines pour se nourrir, tenir le coup pour éviter l’exclusion, le vagabondage en ville, la déscolarisation quand le père est malade…

Malgré tout cela, les résultats sont encourageants et permettent de passer à la vitesse supérieure, même si le rôle de l’Etat reste auxiliaire, un substitut de ce qui est considéré comme privé et domestique.

«Mon chemin ne pourrait être que celui-là: être au service des sansdroits ». Telle une hache, il renvoie à l’arbre sa violence. Il abordait les problèmes de l’éducation avec lucidité, souplesse et finesse et une authentique foi pédagogique. Homme de paix, créateur d’espoir! Pour lui, «la vie est à la joie toute la journée »- École de la rue! École dans la rue!

Ce n’est pas le haut lieu du savoir, mais cette dimension exceptionnelle donne un éclairage dans lequel s’inscrit la force de sa nature, son potentiel d’émotion et de réflexion, une conception de ce qui est et de ce qui vit.

Amoulyakar, le sans-espoir! Amoulyakar, Dieudonné.

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