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Juin 2006 
À Bâle, une mobilisation de la base contre la pauvreté et l’exclusion
Auteur : Urs Diethelm

La «Conférence de base sur la pauvreté » s’est créée en octobre 2003. Depuis cette date, des gens touchant l’AI ou l’AVS, des «working poor», des jeunes sans emploi, des chômeurs se réunissent régulièrement afin de lutter pour leurs moyens d’existence.

Depuis le premier «Tribunal de la pauvreté» bâlois qui s’est tenu en janvier 2004, les personnes concernées revendiquent activement leur droit de regard sur les décisions politiques dans le domaine des affaires sociales. Ils expriment leurs critiques face aux dysfonctionnements du système social, à des projets de lois auprès des autorités respectives ou dans les procédures de consultation.

Face aux contraintes, aux représailles de plus en plus dures et à la marginalisation croissante, c’est le manque flagrant d’un véritable lobby et d’un soutien significatif qui oblige les personnes concernées à monter ainsi sur la scène politique pour y défendre leurs intérêts. C’est pourquoi, en octobre 2004, la «Conférence sur la pauvreté» a participé aux élections cantonales, ce qui nous a donné une certaine notoriété.

Après cette échéance, c’étaient les nouvelles normes CSIAS (Conférence suisse des institutions d’action sociale) régissant le calcul de l’aide sociale qui étaient au centre de nos activités, avec la rédaction d’une réponse à la procédure de consultation, des lettres et actions contestant non seulement les diminutions de l’aide sociale mais aussi les mesures de contraintes qu’elles contiennent, notamment du travail forcé. Entre-temps, ces nouvelles normes sont entrées en vigueur dans la grande majorité des cantons. Mais à Bâle, l’introduction ne s’est pas déroulée sans que les personnes touchant l’aide sociale ne se soient fait entendre. Nous les avons encouragées à déposer un recours contre la diminution de leur aide sociale. Parallèlement, ensemble avec d’autres organisations et syndicats, nous avons déposé une plainte d’ordre public dans la même affaire. La Cour de justice fédérale n’a pas encore pris sa décision.

Un deuxième axe d’intervention est la 5e révision de l’AI qui, actuellement, est débattue aux Chambres fédérales. Nous nous opposons non seulement aux coupes massives prévues dans les rentes déjà attribuées mais aussi aux restrictions quant à l’accès aux rentes qui frappent surtout les personnes avec des maladies progressives, tel le cancer ou la sclérose en plaques. Nous devons aussi constater que les personnes ayant subi un traumatisme cérébro- cervical ou souffrant de maladie psychique ne recevront que tardivement une rente ou en seront exclues. A côté de ces détériorations massives, la révision ne prévoit aucune amélioration substantielle. La «Conférence sur la pauvreté » espère donc qu’un référendum soit lancé et soutenu par d’autres associations.

Par ailleurs, nous avons lancé un lieu de rencontre mensuelle où les personnes concernées par la pauvreté peuvent se réunir devant une tasse de café et un gâteau pour échanger leurs expériences et faire connaissance avec d’autres personnes dans des situations similaires. Si cette initiative rencontre un bon succès, elle sera poursuivie en automne. Parallèlement, un comité de militants se réunit une fois par mois pour s’occuper des affaires en cours.

Une autre de nos activités consiste à organiser des assemblées dédiées à des thématiques spécifiques. Début mai s’est tenu le deuxième «Tribunal sur la pauvreté» sur le thème d’un revenu cantonal de base où différents chercheurs, mais aussi des représentants de partis politiques et du service administratif concerné, ont été confrontés à cette revendication. Le débat a cependant montré que les critères pour un tel revenu de base sont loin d’être clairs ou acquis – même parmi les gens concernés – et que le risque d’une introduction au rabais, instrumentalisée par la droite politique et les défenseurs inconditionnels de la loi du marché est imminent.

Si la mobilisation des personnes marginalisées et frappées de pauvreté répond à un besoin urgent, la réussite de cette mobilisation n’est pas pour autant garantie. Il reste à voir si ce sont les tendances existantes à l’intégration consensuelle des voix des concernés dans les procédures administratives et les processus électoraux qui prendront finalement le dessus. Ou s’il sera nécessaire que cette mobilisation de la base développe une dynamique de contestation radicale des soi-disant contraintes financières et systémiques, pour imposer une nouvelle répartition du travail rémunéré, des richesses et des ressources de cette société.

Urs Diethelm
Membre de la Conférence de la pauvreté

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