Logo Journal L'Essor
2017 2016 2015 2014 2013 2012 2011 2010
2009 2008 2007 2006 et nos 100 ans d'archives !
Rechercher un seul mot dans les articles :
Index de l'annéeindex de ce numéro Article suivant Numéro suivant
Numéro précédent Article précédent

Février 2006 
Graines d’utopie
Auteur : Edith Samba

Vu le climat régnant actuellement, le terme de «graines de paix» tend à nous renvoyer plutôt à la notion de «graines d’utopie». Pourtant, de toutes ces graines, nous en avons un urgent besoin. Permettezmoi d’en enfiler quelques-unes pour confectionner un collier, variable dans sa composition et ses teintes selon notre état d’âme, qui pourrait habiller les instants de rêverie extraits du train-train quotidien.

«L’écriture est la photographie du savoir mais elle n’est pas le savoir lui-même. Le savoir est une lumière qui est en l’homme. Il est l’héritage de tout ce que les anciens ont pu connaître et qu’ils nous ont transmis en germe tout comme le baobab est contenu en puissance dans sa graine.»
Amadou Hampaté Bâ

En guise de fil porteur, je suggère de tresser les multiples liens qui nous unissent aux autres, proches et lointains, donnant sens et esprit à notre passage sur terre. Sur ce fil, je commencerai par y glisser quelques graines contenant les germes d’un traitement égalitaire et respectueux à l’égard de tous les hommes, femmes et enfants, malades ou bien portants, fous ou sages. Suivraient celles symbolisant la préservation de la diversité culturelle et alimentaire, la souveraineté agricole, la soustraction de la terre et de l’eau du domaine marchand et confiées à la surveillance de la communauté locale par un droit de superficie et d’usage.

On pourrait y ajouter un accès et des chances d’épanouissement à l’école pour chacun, une égale considération pour les compétences manuelles et intellectuelles, une presse et des médias arrachés à l’emprise du capital. Courant le risque de sentir ce collier s’alourdir, je l’allongerai volontiers par des droits et devoirs universels du capital, un revenu minimum garanti, la construction d’un espace public planétaire, une gestion fédéraliste du monde…

«Seul le futur m’intéresse car c’est là que j’ai décidé de passer le reste de ma vie.»
Einstein

Pour apporter une cohérence et un équilibre à l’ensemble, j’y installerai au centre une cosse, protectrice de mille petites graines d’espèces variées. Je la baptiserai Justice afin de ramener un peu de paix dans les coeurs et les esprits et dont son contenu serait à planter en de multiples terrains sur toute la planète : justice civile, pénale, fiscale, économique, équité dans le partage des richesses et des échanges.

Vaste chantier, il est vrai, mais rien ne nous interdit de puiser dans le capital de sagesse transmis par nos anciens qui nous ont, depuis la nuit des temps, offert le fruit de leurs réflexions. Il n’y a pas si longtemps, Gesell, Keynes, Walras ont proposé d’autres définitions de l’argent dans son rôle premier, simple facilitateur d’échanges, subissant les mêmes contraintes que les marchandises et le travail périssables par nature et à rémunérer rapidement pour la suivie des fournisseurs.

«Dans les assemblées locales, les relations entre hommes et femmes, jeunes et vieux, entre ethnies et religions différentes sont réexaminées, les préjugés sont combattus, les discriminations découragées et les conflits désamorcés.»
Aminata Traoré

Dans sa théorie de la «monnaie fondante», soigneusement tue par les économistes, Sylvio Gesell nous a développé les bases d’un «Ordre Economique Naturel» ou économie franche, débarrassé des privilèges exorbitants et iniques accordés à la monnaie. Offrant la possibilité de désarmer le pouvoir financier, il mérite d’être enfin étudié sans préjugés. On peut en effet se demander pourquoi l’émission et la gestion de l’argent resteraient l’apanage des banques centrales et de gestionnaires formatés à la pensée unique ! Comme on doit bien constater que ce sujet est pratiquement inconnu, nous allons nous charger de le rendre plus visible à l’occasion d’un prochain forum.

C’est entendu : je rêve, nous rêvons, ils rêvent… mais n’estce pas sortis du royaume des imaginations fertiles que les jardins de demain fleuriront ?

Espace réservé : Rédaction
© Journal L'Essor 1905-2017   |   Reproduction autorisée avec mention de la source et annonce à la Rédaction  |       Corrections ?