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Février 2018    [52]
Pourquoi changer nos habitudes?
Auteur : François Iselin

Pourquoi changer nos habitudes?

Comme la plupart des enfants de paysans ayant vécu les privations de la Deuxième Guerre mondiale, nous n'avons pas eu à changer nos habitudes. Au contraire, nous conservions les acquis de nos parents et leurs ancêtres dont nous n'avons jamais eu à nous départir. Nos enfances heureuses se déroulaient dans un petit univers où le consumérisme matérialiste et son gaspillage effréné leur était épargné. Nos familles vivaient avec ce que leur offrait la nature au prix d'un travail créatif. Le bien-être d'alors n'a cependant pas résisté au débarquement des «sauveurs» de l'Europe doublés de marchands de pacotilles que nos parents, brusquement appauvris, ont dû fuir. Pourtant, l'héritage de notre enfance est à ce jour demeuré entier, et avec lui le goût d'une vie simple, gratifiante et heureuse fondée sur la simplicité volontaire.

Certes, pour nous les difficultés ne manquaient pas, avec un père constamment mobilisé et une mère devant le remplacer aux travaux des champs. Lors de la crise des années 30, il était ingénieur au chômage, elle infirmière. Faute de mieux, ils s'étaient repliés à la campagne et ils se sont alors soumis aux exigences que réclame l'autonomie alimentaire. Sans le sou et heureux d'être libérés de ces contingences, ils tiraient de leurs terres tout ce qui nous était nécessaire, et même le superflu, comme le vin, les fromages, le kirsch et les fleurs qui ornaient notre table! Notre mère filait la laine, la tricotait, écrivait et peignait à ses moments perdus. Elle tressait l'osier et les spathes des épis de maïs pour en faire des paniers, élevait des volailles, alors que notre père soignait veaux, vaches, cochons, couvées et son bœuf pour tirer la charrue et le char à foin. Les fruits les plus divers qui nous tombaient du ciel garnissaient notre table. Rien ne nous manquait bien que nous devions souvent nous contenter de manger des restes, de porter des habits raccommodés et rapiécés maintes fois à la main ou avec l’inséparable machine à coudre Singer. Il nous fallait aussi réparer les ustensiles indispensables que nous ne voulions ni jeter, ni acheter à neuf. Quant à l'énergie, le barrage du torrent voisin suffisait à fournir l'électricité nécessaire tout comme la forêt nous procurait le bois pour le chauffage et la cuisson.

Toute injustice sociale est non seulement cruelle,
mais c'est aussi un gaspillage économique. – William Feather

Après tant d'années, la nostalgie de notre enfance ne nous a jamais troublés. Aucun regret, si ce n'est de constater qu'en un demi-siècle, tout un bagage culturel a été dilapidé. Cet héritage nous avait été légué par les grandes civilisations anciennes telles la Chine, l'Egypte, le Mexique et tant d'autres peuples qui ont construit au cours des millénaires précédant l'ère chrétienne un mode de vie capable de répondre aux besoins des hommes tout en préservant la nature. Quant à notre propre civilisation judéo-chrétienne, son bilan, à part quelques avancées scientifiques et techniques, s'avère désastreux. Au début de l'ère chrétienne, l'essor de l'Occident était prometteur jusqu'à ce que les «marchands du temple», honnis par son fondateur qui les chassa de son Temple, prennent le pouvoir, dépossédant ainsi l’humanité de sa riche culture.

Vouloir réformer cette culture gangrenée par l'argent et corrompue par une minorité d'accapareurs du bien commun est pure illusion. Quoi qu'il nous en coûte à nous, otages du marché, devenus contre notre gré consommateurs et prédateurs, il nous faudra choisir entre la bourse et la vie, la leur et la nôtre, s'entend. Changer nos habitudes? Il n'en est pas question puisque nous n'avons pas choisi de renoncer à celles qui ont fait leurs preuves. Il nous faut au contraire perpétuer ces valeurs qui nous ont fait grandir et les transmettre aux générations suivantes pour que l'humanité puisse enfin sortir du chaos dans lequel le Capital l'a plongée.

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