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Décembre 2017    [60]
Un bonheur si simple…
Auteur : Marc Gabriel

Lors d’un voyage en Estrémadure, aride et alpestre à la fois, surchauffée l’été, enneigée l’hiver, où résonnent encore la dureté et l’âpreté qui caractérisent cette contrée si particulière du sud-ouest de l’Espagne, la curiosité m’a conduit vers ce Monastère. Ce fut comme une oasis, une étape bienfaisante, toute emplie de sérénité tranquille et heureuse. Ce n’était pourtant qu’un simple monastère de Hiéronymites, planté sur une colline de la province de Cáceres depuis le début du XVe siècle: San Jerónimo de Yuste.

C’est l’endroit qu’a choisi Charles Quint pour se retirer de la vie politique. Qu’un homme aussi puissant décide de se débarrasser tour à tour de chacun de ses pouvoirs pour terminer sa vie dans cette demeure, sans luxe, ni faste, ni même de cour semblait surprenant. Charles de Habsbourg, ce grand prince du XVIe siècle reprenait, dans sa retraite de Yuste, figure humaine.

L’essentiel pour le bonheur de la vie, c’est ce que l’on a en soi-même.
– Arthur Schopenhauer

C’est une maison, d’une grande simplicité, qui a été son dernier «palais», le dernier, certes, mais construit à l’image du premier. Charles a fait de sa dernière demeure une sorte de réplique de sa maison natale à Gand. En fait, ce monarque sévère s’est fait bâtir une retraite qui devait lui rappeler l’insouciance de son enfance.

Il s’agit d’un modeste 4 pièces. Dont une chambrette pour le fiston qui venait de temps en temps de son lointain Escorial prendre conseil auprès du vieux roi. A côté, un bureau. Puis une grande pièce, servant sans doute de salon de réception, de pièce à vivre, bref une sorte de pièce à tout faire. C’est devant cette grande chambre qu’est située une vaste terrasse ombragée qui surplombe un étang artificiel et fait face, au loin, à l’orée d’un bois touffu. Trône, de nos jours encore, entre salon et terrasse une chaise… orthopédique, peut-être la première du genre, permettant à cet homme perclus de douloureux rhumatismes, atteint de «goutte», de pouvoir, assis sur sa terrasse, pratiquer la chasse à l’arquebuse et la pêche à la ligne.

L’idiot va chercher le bonheur au loin. Le sage le cultive sous ses pieds.
– J. Robert Oppenheimer

Adossé à l’église du monastère, ce «Palacio» abrite la dernière surprise de ce modeste logement royal: la chambre à coucher. Petite et sans luxe, monacale même, elle permettait au vieil homme, très pieux paraît-il, de prendre part à la messe quotidienne depuis… son lit.

J’y ai vu, mais peut-être ai-je été trop imaginatif, une sorte d’Alexandre le bienheureux avant la lettre. A tort ou à raison, j’ai pensé que l’homme, sur l’empire duquel jamais ne se couchait le soleil, avait vécu les derniers mois de sa vie dans une sorte d’heureuse simplicité. Le bonheur est chose fragile chantait Gilles, mais il peut surgir là où on ne l’attend guère.

Si vos pas vous conduisent un jour à Yuste, demandez à déguster une soupe à l’ail blanc préparée par les moines, c’est très rafraîchissant et délicieux. Et ça rend… heureux.

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