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Décembre 2017    [56]
Le bonheur ne rime pas avec individualisme
Auteur : John Vuillaume

«N’ayez pas peur du bonheur, il n’existe pas»
(sous-entendu dans notre société de consommation).
— Michel Houellebecq

S’il y a un écrivain contemporain qui s’ingénie à parler du bonheur, c’est bien Michel Houellebecq. Toutes ses œuvres, dont un recueil de poèmes intitulé «La Poursuite du bonheur», ne parlent que de ce thème, à jamais inépuisable, car tributaire de l’histoire de l’humanité qui tend singulièrement à s’accélérer ces dernières décennies! Une seule constante dans tous ses écrits: pas de bonheur sans amour, le paroxysme de cette belle et simple vérité se trouvant dans un grand roman injustement méconnu, «La Possibilité d’une île», belle métaphore rappelant que l’amour fait partie intégrante de la nature humaine.

C’est en vain qu’on cherche au loin
le bonheur quand on oublie de le
cultiver soi-même.
– Jean-Jacques Rousseau

Être heureux sans amour serait donc impossible. Les petits plaisirs matériels, charnels ou intellectuels que notre société de consommation fait passer plus ou moins symboliquement pour du bonheur n’en sont que des ersatz frelatés, noyés dans une sauce libérale amère, voire nocive pour qui est le «consommé» et pas le consommateur.

Alors quand ressentons-nous le bonheur qui ne vit que par l’amour reçu, partagé ou tout simplement donné?

Pour ma part, les moments de bonheur n’existent que lorsque mon individualité se fond dans un collectif, que je vibre à l’idée de m’inscrire dans l’histoire de mes proches et de celles et ceux que j’ai choisis pour occuper ma vie, dans celle de mon coin de pays ou d’une civilisation européenne que je chéris, communion intime avec ce qui me dépasse, avec la certitude que je me sacrifierais personnellement sans remords pour faire vivre quelque chose qui doit me survivre.

Concrètement, je me suis senti heureux quand j’ai décidé de réfréner mes activités associatives ou professionnelles pour consacrer le meilleur de moi-même à ma famille, mon épouse et mes enfants.

La famille n’a jamais été autant fragilisée qu’aujourd’hui, à l’ère de l’individualisme ultra-libéral, destructeur de tout vrai lien social, auquel se sont substitués les mal nommés «réseaux sociaux» qui enterrent à coups de réducteurs «like» et d’abêtissants «emojis» toute vraie relation humaine.

Entretenir cette faculté de mettre nos ressources, notre volonté et notre amour au service de personnes auxquelles nous tenons et que nous voulons aider, n’est-ce pas ainsi que nous pouvons continuer à cultiver des moments de bonheur que nous saurons toujours renouveler, à la mesure de nos forces, de nos envies, de nos convictions et de nos valeurs humanistes?

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