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Février 2017    [57]
Agir dans une situation désespérée
Auteur : Jean-Jacques Beljean

Le concept d’«Occident» s’appréhende avec difficulté car il est porteur de sens multiples. S’agit-il de l’héritage dit judéo-chrétien, du libéralisme politique ou économique, de l’héritage des Lumières, de la laïcité ou encore de la philosophie des Droits humains? Envisageons cette question de manière globale dans le cadre de ce bref article.

L’Occident va-t-il s’écrouler? Je ne le pense pas. Bien au contraire, il achève sa conquête du monde. Economiquement, politiquement et philosophiquement en partie il est en train de supplanter tous les autres systèmes. Il déferle sur les peuples attachés à leur terre comme sur les civilisations reliées aux ancêtres. Il s’est affranchi du christianisme qui lui assignait certaines limites (le prêt à intérêt «raisonnable» du calvinisme par exemple) pour ne garder de cette religion que son dynamisme devenu appétit éthiquement incontrôlé de conquêtes économiques et politiques. Même les communismes russes ou chinois y ont succombé, à des degrés divers. Il s’insinue partout avec la capacité de dissoudre les systèmes qu’il rencontre.

L’on pourrait se demander quelles sont les raisons de son succès mondial. Je pense qu’il est dû au fait qu’il rejoint en l’être humain son animalité la plus primitive et la moins civilisée. Certes, il est plus subtil que les civilisations antérieures ou actuelles basées sur la force ou la barbarie. Mais il rejette toute limite éthique si ce n’est celle de son propre intérêt – à court et long terme – et celui de sa «tribu» ou de son clan moderne. Comme le chat, il ose jouer avec la souris et ne se contente pas de tuer pour subsister. Il le fait de telle manière que ses ressources durent un certain temps, toutefois pas au point de préserver un avenir à très long terme.

Actuellement, le thème de la fin des civilisations, suscité par l’angoisse collective, est récurrent, et on l’applique à l’«Occident» comme on l’a appliqué à la chute de l’Empire romain. Mais ce n’est pas légitime. La civilisation humaine en son entier est dorénavant concernée. Le système «occidental mondialisé» dont le pouvoir réside maintenant en très peu de mains, est devenu insensible, irraisonnable et prédateur parce que les centres de décisions n’ont plus de contact avec la situation concrète des individus et de la création qui en subissent les conséquences. Inconscient de ce qui se passe «sur le terrain», le système est actuellement incontrôlable.

Que faire? Première hypothèse: le système a envie de durer. Il pourrait donc s’autolimiter par un meilleur respect des droits humains et une exploitation raisonnée de la nature. Seconde hypothèse: le système va s’emballer car il a déclenché des phénomènes irréversibles comme le réchauffement climatique, la pollution et les injustices et les grands raouts politico-écologiques n’y peuvent pas grand-chose.

Que faire? Peut-on encore agir dans une situation désespérée où chaque solution isolée, écologique, sociale ou politique paraît possible mais où, prises ensemble, ces solutions se heurtent à des limites infranchissables. Je pense que des pistes de remédiation existent encore – sans pouvoir toutefois affirmer qu’elles seront efficaces – dans la réhabilitation du politique, des religions non fondamentalistes ou encore de l’humanisme. Le politique, qui dispose du pouvoir, répugne à l’exercer de peur d’être marginalisé. Les religions non fondamentalistes se tiennent en retrait et se focalisent sur la personne au détriment des grands thèmes que sont la justice, la paix et la sauvegarde de la création. L’humanisme et la société civile se sont repliés sur les thèmes du bien-être et des droits individuels. La prise de conscience que l’humanité a besoin de la nature, de la paix et de la justice pour subsister mais que la nature n’a pas besoin de l’humanité n’est pas encore faite.

Sans une alliance de salut entre Etats, gouvernements, grandes religions, société civile et mouvements humanistes pour reprendre en main l’avenir, le déclin et la disparition sont l’hypothèse probable car cette alliance suppose un effort qui ne se limite pas au tri des déchets ménagers et à l’achat de voitures moins polluantes mais à l’action par des groupes de pression d’un type nouveau dans un monde où gauche et droite politiques, absorbées par le système, ont perdu la main. L’effort ne pourra partir que d’individus ou de groupes qui créeront des contre-modèles (cf. le film «Demain») mais aussi prendront des engagements soutenus d’écrire sans relâche aux entreprises, aux gouvernements, aux journaux et autres media comme en participant activement aux débats sur les réseaux sociaux et les réseaux privés, communautaires et familiaux. Cela suppose un travail de lobbying incessant de chaque personne consciente de la réalité pour que le politique, réhabilité, prenne des décisions, comme aussi les religions, les entreprises, les ONG et les associations de tout genre. Rude, lourde mais noble tâche!

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