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Août 2016    [62]
Inégalité, vraiment?
Auteur : François Iselin

Il faut que [la femme] se débarrasse de l’absurde notion du dualisme des sexes, autrement dit que l’homme et la femme représentent deux mondes antagonistes.   – Emma Goldman, 1906

Ainsi posée, la question est sans réponse! Egalité entre hommes et femmes? entre jaune et blanc d’oeuf? entre atomes d’hydrogène et d’oxygène? mère et enfant? soleil et lune? A vouloir égaliser ces éléments indissociables, on ne peut que partager les couples, faire une omelette, tuant le poussin, se priver de H2O, isoler qui vient de naître et chambarder la course des astres!

Le monde est ainsi fait que tous ses composants sont complémentaires, et il ne perdurera que tant qu’ils le demeureront. C’est que la nature ne connaît pas d’inégalités, elle est un tout indissociable et le monde des humains qui l’habite l’est tout autant. Sa cohésion harmonieuse est assurée depuis la nuit des temps grâce aux liens vitaux tissés entre ses constituants solidaires. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé, écrivait Lamartine; qu’un seul des innombrables rouages de la machine universelle vienne à se gripper et la vie s’étiole, dégénère et périt. Certes la nature, plus que ses humains, en répare sans cesse les fractures. Elle raccommode avec acharnement les liaisons désunies et punit les hommes qui les distendent et les brisent. Mais comme à l’impossible nul n’est tenu, le secours de la nature a des limites que la science des hommes est incapable de franchir.

Réparatrice des pannes chroniques de la vie sur terre, la nature outragée ne parvient plus à la remettre en état tant l’humanité la détraque. Espérer, comme le font les pollueurs insensés, qu’elle mette hors d’état de nuire nos déchets atomiques, qu’elle digère nos gaz à effet de serre ou qu’elle ressuscite les espèces exterminées est pure illusion. Le Christ aurait marché sur l’eau, multiplié les pains, changé l’eau en vin et ranimé les morts, mais ce ne sont là que miracles et la nature pragmatique n’en fais pas!

Il est des désordres anodins qu’un bon coup de balai suffit à faire oublier. D’autres, irrémédiables, se dérobent à tout acharnement des hommes et de la nature. Ils résultent de la rupture des liens entre les êtres vivants, comme celle de la fission des liaisons entre atomes. Chez les humains, ces clivages les fractionnent entre genres, races, âges, origines, générations, croyances. D’autres discriminations, plus sournoises les partagent entre enrichis et démunis, compétents et ignares, bosseurs et rêveurs, célèbres et ringards, dominants et esclavagés, élus et électeurs, sportifs et pantouflards…

La «servilisation» capitaliste a succédé aux civilisations qui l’ont précédée: l’«Occidentale» qui fut mondialisée, «Chrétienne» devenue matérialiste ou celle «des Lumières», plongée dans l’obscurantisme. Elle a réussi en peu de siècles le tour de force d’atomiser l’humanité en une nuée d’électrons libres éparpillés dans l’éther sociétal. Ce désordre-là, dont on a peine à en ramasser les débris, est la cause de notre misère. Leur énumération inquiète, tant on a peine à détacher les étiquettes adhésives spécifiant la catégorie à laquelle on appartient et qui furent collées sur le front de chacun de nos semblables. Pourtant, c’est bien au vu de ces stigmates-là que les Etats laissent périr ceux qui sont marqués «Migrants », qu’ils massacrent les «Ennemis», affament les «Sous-développés», exploitent les «Chômeurs», chassent les «Mendiants»… et dénigrent les «Femmes».

Le saucissonnage de l’humanité en catégories arbitraires résulte des savantes manoeuvres que des mâles parvenus et accapareurs ont opérées pour accaparer et parvenir davantage. Bien que de plus en plus minoritaires, ils ont appliqué à la lettre le «diviser pour régner» profitant du moindre signe distinctif entre les êtres pour les écarter d’un monde dont ils veulent être les seuls maîtres. Pour eux, en ce qui concerne l’étiquette «Femme», sa place serait à la maison, son droit réduit à se taire et son isolement résulterait de sa seule modestie.

Par cette stratégie sournoise, un ramassis de mâles frustrés a réussi à dominer la nature, le monde et sa population pour leur bon plaisir et le malheur de leurs piétailles. Sans que l’on ne puisse l’expliquer vraiment, ce sont eux et eux seuls qui commandent, gouvernent, accaparent, s’enrichissent, jugent, répriment et massacrent. Y aurait-il encore quelques guerres, dictatures, banqueroutes, catastrophes sans ces hommes-là? Point, et les rares femmes qui les miment aveuglément, ils les traitent de potiches et boniches.

La soi-disant inégalité entre homme et femmes n’est qu’une construction réductrice: le couple ne fait qu’un ou l’humanité s’effondre. S’il y a inégalité entre genres c’est qu’elle est entretenue par ceux qui se veulent dominants. Ces mâles cupides prétendent que l’avoir et le pouvoir auraient autant d’intérêt que la vie, or leur magot ne peut dédommager la nature, ni leur orgueil, la soumettre.

Quémander l’égalité entre êtres complémentaires et dépendants les uns des autres est le plus stupide des oxymores: la femme à barbe ou l’homme en cloque font bien rire. Plutôt que de vouloir égaler l’inégalable, débarrassons-nous du fatras de préjugés qui leurrent, aveuglent et divisent. Alors tous égaux, femmes et hommes, noirs et blancs, maîtres et esclaves, riches et pauvres, croyants et athées, ayant arraché et jeté leurs étiquettes dans la poubelle de l’histoire, l’humanité pourra enfin renaître de ses maux et tenter de survivre.


[…] C’est pas d’un cerveau féminin
Qu’est sortie la bombe atomique
Et pas une femme n’a sur les mains
Le sang des Indiens d’Amérique
Palestiniens ou Arméniens
Témoignent du fond de leurs tombeaux
Qu’un génocide c’est masculin
Comme un SS, un torero
Dans cette putain d’humanité
Les assassins sont tous des frères …

(Extrait de Miss Maggie, Renaud)

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