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Août 2015 
Homo-conso et les méfaits du capitalisme moderne
Auteur : Marc Gabriel

Commençons par évacuer l’idée que le capitalisme sauvage augmente la richesse du monde. C’est l’inverse, il l’appauvrit. Il vous suffira de voir dans quel état se retrouve la Grèce pour vous en convaincre. Ensuite, soyons clairs: l’économie de marché n’existe pas, c’est une chimère simplificatrice inventée par le néolibéralisme pour accréditer l’idée selon laquelle il y aurait un ensemble de «lois naturelles» censées gouverner l’économie. C’est évidemment faux. Le terme même d’économie de marché est un leurre. Nous vivons, non pas dans une économie de marché mais dans un marché des économies. C’est là l’une des gigantesques tromperies, organisée sciemment par le système financier pour masquer cyniquement ses indécents résultats dont les mécanismes sont si profondément noyés dans l’opacité qu’ils peinent eux-mêmes à retrouver leurs petits. Souvenez-vous du «travaillez plus pour gagner plus» de l’inénarrable ex-président français qui proposait ça aux chômeurs, sachant fort bien que du travail, il n’y en a guère.

La masse salariale versée aux «parasites» qui ne produisent rien de leurs mains et qui n’augmentent en rien le patrimoine mondial est infiniment plus importante que celle qui rétribue, bien mal, les agriculteurs, les artisans, les ouvriers et les… femmes, auxquels il convient d’ajouter, dans quelques riantes contrées du monde, les enfants et les… esclaves. Bref, des salaires totalement indécents sont versés à des improductifs qui passent leurs vies assis sur leurs culs à ne rien faire sinon prendre des décisions «virtuellement stratégiques». Ils volent en Bizness Class de réunions en réunions. Ils ont pour seule culture la «culture d’entreprise». Et en attendant leurs juteuses primes de départ, ils polluent le ciel avec leurs jets privés, les routes avec leurs limousines-tanks. La seule contribution à l’économie qu’ils font réside dans leur consommation effrénée, contribuant ainsi à l’obsolescence programmée, leur dernière trouvaille pour faire tourner la machine encore plus vite.

La droite «néolibérale» a réussi son coup. Non contente d’avoir privatisé les bénéfices et socialisé les pertes, elle réclame aujourd’hui une diminution drastique des aides sociales au prétexte de la responsabilité individuelle. Après avoir dépossédé le peuple de ce qui lui appartenait (les régies fédérales), elle exige que ces anciennes régies produisent des bénéfices. Résultat: la poste ne distribue plus le courrier dans les contrées reculées et ferme de nombreux bureaux dans les campagnes et les quartiers décentralisés parce qu’ils ne sont plus rentables. Depuis quand les services publics devraient-ils être rentables? Depuis quand la mission du service «AU» public est-elle de désocialiser? Mais nos élus sont les premiers à vouloir appliquer chez nous les principes néolibéraux pour introduire une concurrence stupide en passant par ce qu’ils appellent «déréglementation». Pour faire avaler la pilule, ils promettent chaque fois une baisse des prix, et chaque fois c’est exactement l’inverse qui se produit.

Il n’est pas jusqu’à la langue elle-même qui ne soit phagocytée par l’avidité ambiante. Quand j’entends «lisez la notice d’emballage», je crois cauchemarder. La notice d’emballage n’existe pas, et si elle existait, elle dirait comment, avec quoi et dans quelles matières et conditions l’emballage aura été fabriqué. C’est nous prendre pour des crétins. C’est le principe de base de cette nouvelle économie: prendre le consommateur pour un imbécile heureux. Ainsi, ce qui s’appelait prospectus s’appelle maintenant notice d’emballage, ce qui ne veut strictement rien dire. Ce n’est qu’un des nombreux attrape-couillons que nos «marketeurs» nous ont concocté pour vendre, vendre, toujours plus, même si ça ne sert à rien, surtout si ça ne sert à rien. Le monde est dirigé par le marketing. Vous croyiez, comme moi d’ailleurs que marketing voulait dire étude de marché? Eh bien vous avez tout faux! Ca n’est plus le marché que le marketing «étudie», c’est le comportement d’homo-conso, et le marketing ne vend plus ce qui existe, mais fabrique ce qu’il impose à homo-conso d’acquérir. C’est tordu, hein? La société fonctionne entièrement sur des détournements de sens. Si aujourd’hui vous achetez une bouteille de jus de fruit, que vous donnez à vos enfants à boire en pensant leur faire du bien, vous vous êtes fait avoir. Non seulement ce jus ne contiendra pas le moindre fruit, ni même un morceau de fruit et encore moins de jus de ce fruit-là mais seulement de l’extrait de concentré, et il fera plus de mal que de bien à la santé de vos enfants, car trop sucré, sans fibres, etc. Quand cesserons-nous d’être les dindons de la farce? C’est que l’économie a besoin de crétins pour prospérer.

Lève-toi, va bosser, retourne chez-toi, si possible comme pendulaire, histoire d’être debout dans ton train ou bloqué dans les embouteillages. Passe au super-marché (qui n’a pas grand-chose de super et qui est tout sauf un véritable marché). Achète si possible un truc, déjà préparé, que tu glisseras dans ton four à micro-ondes, bois un soda et enfonce-toi dans ton canapé pour bouffer de la télé ou socialiser avec tes milliers d’amis virtuels avant d’aller au dodo, histoire d’être en forme pour perdre ta vie à la gagner. Consomme et ferme-là! Consomme aussi le dimanche parce que c’est important de ne pas causer un trou dans le tiroir-caisse.

À quand un véritable bilan de cette économie? Quand en mesurerons-nous l’ampleur des dégâts? Qui dira enfin la vérité? Quand commencerons-nous à «décroître» selon le fameux «Less is more»? Phrase souvent associée à l’architecte Ludwig Mies Van Der Rohe (Bauhaus) que l’on pourrait traduire par: moins c’est davantage.

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