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Juin 2015 
Chocs en chaîne(s)
Auteur : Edith Samba

Que dire qui n’a pas déjà été dit après la monumentale caisse de résonance sur laquelle ont joué tous les médias possibles et imaginables pendant trois bonnes semaines, le temps d’une lourde indigestion? Il est vrai qu’il y a quelque chose de rassurant de voir tant de gens descendre dans la rue pour défendre la liberté de la presse, la liberté tout court, manifester leur colère devant tant de cruelle imbécillité. Par contre, l’enthousiasme est tempéré par le triste spectacle des «grands» de ce monde, comme Netanyahou, Sarkozy et d’autres, se poussant du col et des talonnettes pour être au premier rang sur la photo et s’accrocher à tous les micros qui passent.

En revanche, on peut, une fois de plus, observer que le sujet a pratiquement disparu de toute réflexion médiatique. Quelques mois plus tard, peut-on espérer en savoir un peu plus sur les motivations de ces jeunes tueurs? Curieusement, à part quelques lignes pour signaler que le journal Charlie Hebdo perd petit à petit ses lecteurs au fil du temps, suite au raz de marée de janvier, un grand silence s’est installé. Le nom de Charlie n’est cité que pour justifier les nouvelles surveillances informatiques.

Quel a été le but de ce sinistre exercice? Un défi personnel, un ordre exécuté par des hommes de main, une volonté de creuser encore le fossé entre les trois religions révélées? Emise par qui? Toutes les thèses se sont exprimées, depuis les conspirationnistes aux mille hypothèses inondant l’internet jusqu’aux analyses politiques les plus pointues. On n’aura pas oublié de stigmatiser l’inefficacité des services de sécurité, les multiples incohérences dans les témoignages.

Si la liberté d’expression se limite aux idées qui nous conviennent, ce n’est pas la liberté d’expression.
Noam Chomsky

On se sera moins étendu sur des hypothèses basées sur l’arrogance occidentale, le commerce des armes, les restes de l’histoire coloniale, les dégâts collatéraux de la mondialisation, l’appauvrissement et le désespoir qui touchent de plus en plus de gens, les jeunes en particulier, ce qui aurait permis de diversifier les angles de vues pour tenter de trouver des explications et chercher des solutions.

Il est vrai que l’extrémisme criminel des Daech, Al-Qaïda et autres Aqmi, qui se dit agir au nom de l’islam, semble attirer nombre d’individus en mal de reconnaissance, de combat identitaire, d’aventures initiatiques. Pourtant ce sont les musulmans les premières victimes, puis les chrétiens d’Orient et d’Afrique, et maintenant d’Europe. Le pouvoir jubilatoire de semer la terreur, la soif de destruction de leur propre patrimoine culturel, laisse supposer une vraie problématique psychiatrique. On se doit de noter que d’autres extrémismes se développent aussi: politiques, économiques, religieux favorisant des rejets et exclusions de toutes sortes. Et rien n’interdit d’exclure que des services secrets soient dans le jeu, sous couverture ou faux pavillon, animés d’une imagination sans limites pour monter les uns contre les autres.

Il importe de ne pas se laisser impressionner et séduire par les arguments racistes, nationalistes régulièrement avancés, si aisés à avaler, si «naturels» pour se simplifier la réflexion. Reconnaissons déjà que nous vivons des temps pour le moins troublés et accrochons-nous aux valeurs de solidarité, liberté et amour pour tous nos prochains. Résistons aux explications faciles et défendons les causes qui nous paraissent justes pour l’ensemble des citoyens, d’ici comme d’ailleurs.

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