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Décembre 2014 
Tout fout le camp ma bonne dame!
Auteur : Arvid Ellefsplass

La presse vit des temps difficiles. Les menaces qui pèsent sur le journal traditionnel sont légion. La sacro-sainte rentabilité s’est trouvé un allié de taille avec la révolution numérique et l’on ne compte plus les fusions de titres ni les licenciements. L’information est devenue immédiate et gratuite. La presse se doit de se repositionner face aux enjeux présents et futurs sous peine de disparition ou, tout du moins, de sérieuse mutation.

Les chiffres de la REMP (Institut de recherches et études des médias publicitaires, septembre 2014) montrent une baisse d’activité chez les annonceurs et un net recul des abonnements pour ce qui est des grands titres. Les titres régionaux, eux, s’en sortent plutôt bien. Est-ce à dire que la tendance actuelle serait à l’autocentrisme? Le régionalisme serait la clé?

De manière générale les tendances de ces dernières années sont à la recrudescence de mouvements nationalistes, paradoxal si l’on pense au monde globalisé dans lequel nous vivons… Mais il semblerait que la perte d’identité, provoquée par le village global, nous pousse à chercher un ancrage fort et à redéfinir notre appartenance. La presse régionale est précisément favorisée sur ce segment. Les informations locales ne se trouvent effectivement pas dans les grands titres nationaux et difficilement sur Internet. Les événements qui définissent une région et la font vivre sont classés sans intérêt par les grands groupes. Créer le buzz est leur crédo. Une nouvelle croustillante, vite lue, bien vue fait le beurre de ces entreprises qui n’ont de journal plus que le nom. Il ne s’agit plus pour eux de nourrir la réflexion, de diversifier les points de vue ou de dénoncer des malversations, bien au contraire. Rester dans la droite ligne rédactionnelle prônée par tel sponsor ou tel actionnaire majoritaire assurerait la pérennité du titre… c’est un combat d’arrière-garde! Récemment, le déménagement du journal genevois Le Temps assorti de quelques mises à jour de doublons (lire licenciements), affiche clairement les intentions des décisionnaires actuels: la presse doit être aussi rentable qu’un hôpital! Pas l’ombre de philanthropie ni de service public ici. Ce mouvement a atteint sa vitesse de croisière et ne doutons pas qu’il continuera à bousculer bon nombre de rédactions dans un futur proche.

Bien avisé qui pourra annoncer la direction du vent.

Nombre de rédactions locales ont fait le pari de la proximité tout en réajustant leurs structures de fonctionnement et en lisant consciencieusement Le Messager Boiteux… Journalistes, pigistes ou correspondants – doit-on vraiment rappeler qu’ils sont la substantifique moelle d’un journal? – s’arrachent les cheveux. Pris en étaux entre la déontologie et la mesure d’audience, entre la pensée unique et la prise de risque, l’autocensure se fait jour. La tentation de n’être que le relais mécanique des agences de presse ou de ne relater uniquement que des faits sans aucune valeur ajoutée est grande. La liberté d’expression est un combat permanent et a toujours existé depuis que le pouvoir est pouvoir. Elle devient de nos jours une notion qui n’appartient plus qu’à quelques journaux, satyriques ou d’opinion, clairement affichés comme tels et qui en payent le prix fort. Tout dire les rochers la route et les pavés, les rues et leurs passants les champs et les bergers n’appartiendrait-il plus qu’à la poésie?

Arvid Ellefsplass
Rédacteur en chef adjoint
Le Courrier de Lavaux-Oron
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