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Avril 2013 
Les choses advenues et le bruit qui en court…
Auteur : Jacques Donzel

Cette définition de l’information est de Théophraste Renaudot qui fit paraître le 30 mai 1631 le premier numéro hebdomadaire de la «Gazette». Quatre pages de 22 centimètres sur 16, avec quelques nouvelles du jour: « Le Roy de Perse, avec 15'000 chevaux et 50'000 hommes, assiège Diele, à deux journées de Babylone. Le temps est maussade et les prévisions pas fameuses pour les prochains jours ».

Molière, Boileau, La Bruyère comptent parmi les 1200 lecteurs de la «Gazette». «Les choses advenus et le bruit qui en court!» Tout est déjà dit. La réalité, les faits et leur relation dans les récits, les nouvelles.

L’objectivité

La question revient sempiternellement. Le journaliste doit-il être objectif? Dans le domaine de la science, plus personne parle de vérité au sens absolu: elle est désormais reconnue inaccessible. Elle a entraîné dans sa chute celle de l’objectivité.

On ne peut reprocher aux médias d’avoir et de défendre des opinions. En revanche, on attend d’eux qu’ils s’efforcent à l’impartialité dans la relation des faits. Cela signifie l’attitude de qui voit les choses sans parti pris, de qui est capable de rendre des faits de la façon la plus complète possible, sans omettre ce qui le gêne.

Le métier d’informer suppose d’apprendre à penser, contre soi-même. On doit se garder de ses préjugés, accueillir la contradiction, encaisser la critique, varier les approches, multiplier à l’infini les curiosités et s’intéresser à ce qui nous paraît le plus éloigné de nos intérêts. Simplement, l’ouverture, la pluralité et l’humilité devraient guider les plumes, les paroles et les images des informateurs. La démocratie dépend de cette attitude responsable.

L’info spectacle

Ryszard Kapuscinsi, journaliste polonais respecté au sein de la profession, déclarait: «Autrefois, la véracité d’une nouvelle représentait la plus grande valeur». Il relayait ainsi Hannah Arendt qui prétendait que «La vérité est le critère le plus élevé de la pensée».

Aujourd’hui, les responsables des médias ne demandent plus qu’une information soit vraie, mais qu’elle soit intéressante. Autrement dit, le spectaculaire, l’émotion priment.

Depuis quelque temps, le mélange des genres fleuri sur nos écrans, dans les radios. Il s’agit d’un mariage apparemment contre nature entre l’information et le divertissement. Il arrive cependant que l’animateur, respectant les règles déontologiques élémentaires, parvienne à jongler entre l’humour, le people et l’actualité prétendue sérieuse avec brio, ce qui séduit un large public. Après tout, le genre n’est pas rejetable simplement par esprit sectaire ou corporatiste.

Observons que la chanson, intelligemment commentée, constitue une permanente chronique du temps ordinaire. C’est une singularité dans le quotidien humain.

Les compagnons d’Ulysse sont rendu fous par le chant des sirènes. Horace a poli le genre. Les bardes gaulois s’illustrèrent dans la satire. Après les trouvères et les troubadours, au XVIIe siècle, sur le Pont Neuf à Paris, les chanteurs de rue ont commencé à interpréter des airs à la mode en distribuant les textes aux badauds. On se mit à surveiller le chanteur subversif. Un rapport de police de 1751 indique que les chanteurs «ajoutent souvent ce qui n’est pas dans la chanson». Autrement dit, les chanteurs colportent des nouvelles que le pouvoir voulait cacher au peuple. Ils faisaient un travail journalistique.

Aujourd’hui, il convient d’informer et surtout de vendre. Le talent le plus respecté chez les dirigeants médiatiques, c’est la capacité non pas à obtenir l’information pertinente et à l’expliquer, mais à faire de la mise en scène et à vendre l’information.

Les médias doivent retrouver leurs valeurs et s’affranchir de la gangue publicitaire et marketing pour faire revivre l’information.

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