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Février 2013 
Sommes-nous assez ?
Auteur : François Iselin

Sommes-nous suffisamment nombreux sur terre pour la sauver et nous avec? Les néo-écolo-malthusiens actuels ne tiennent compte que de leur nombre qu'ils jugent excessif, mais dédaignent le potentiel créatif que la grande majorité de cette population représente. Ils n'y voient que prédateurs, pollueurs et envahisseurs, mais ceux-ci ne représentent qu'un milliard de nantis. Ainsi, les écolos-eugénistes, naïfs ou perfides, se trompent de cible en préconisant le contrôle des naissances pour le gros de l'humanité qui, bien qu'appauvrie et aliénée par le productivisme, est seule à même d'affronter les défis écologistes qu'ils dénoncent. Que ne s'en prennent-t-ils à la descendance des minorités opulentes et puissantes qui sévira pendant plusieurs générations encore, si elle demeure aussi belliqueuse, prédatrice et égocentrique que ses géniteurs?

Imposer le contrôle des naissances? Mais à quelle catégorie de la population mondiale l'imposer? Selon quels critères et par quelles instances? Par quels moyens autres que la stérilisation forcée, l'infanticide ou le génocide de triste mémoire. Et puis, de quel droit les nantis s'ingéreraient-ils dans la vie des milliards de familles qu'ils ont démunies?

À l'inverse d'un contrôle des naissances des pauvres, c'est la naissance d'un contrôle équitable de leurs ressources alimentaires, sanitaires et médicales qu'ils devraient préconiser. Car on en est loin et c'est bien là le drame: les pays «développés» représentent un cinquième de la population de la planète; ils consomment quatre cinquièmes du total de la production […]; reste un cinquième pour ceux «en développement» qui sont pourtant quatre fois plus nombreux1.

La plus sûre marque de la surpopulation de l'espèce humaine est la dépopulation des autres espèces.
— Raynal

Le surpeuplement de la planète découle à n'en point douter du productivisme destructeur pratiqué au cours du XXe siècle par ses puissances politiques, financières et militaires. N'est-ce pas légitime que des peuples décimés par les guerres, affamés par les pillages, expulsés par le déni du droit d'asile et du droit au travail veuillent se reproduire? Que ces populations, dont l'espérance de vie atteint à peine la moitié de la nôtre, cherchent à assurer leur relève? Que la paysannerie pauvre, empêchée de pourvoir à sa subsistance, veuille accroître sa force de travail? Car dans les sociétés les moins développées, l'enfant est un investissement. […] Une fécondité élevée est une réponse parfaitement rationnelle, au moins au niveau micro-économique, à une situation d'appauvrissement2.

Cessons donc de confisquer médicaments, combustibles, eau potable, ressources naturelles et autres produits de première nécessité et les couples, libérés du cauchemar de la faim, de la maladie et la misère seront libres de contrôler leurs naissances comme ils l'entendent.

La surpopulation est donc dans l'intérêt de la bourgeoisie, et celle-ci donne un bon conseil aux ouvriers [abstinence], parce qu'elle sait qu'il est impossible à suivre. […] La classe ouvrière est dans l'impossibilité de prendre la résolution de ne pas faire d'enfants, sa situation fait au contraire du désir sexuel son plaisir principal et le développe exclusivement3 (Karl Marx).

Le nombre d'êtres humains vivant sur terre peut être jugé excessif ou insuffisant, selon le rôle qu'on voudra bien leur reconnaître et leur permettre d'exercer. Si c'est pour continuer à piller et détruire la terre, elle est certes trop peuplée. Mais elle ne l'est actuellement que par l'excès de prédateurs du Nord qui, vivant en dessus des moyens que leurs terres leur permettent, s'approvisionnent en pillant les pauvres du Sud. Si, au contraire, c'est pour exploiter la terre, soigner la nature, la faire fructifier, remédier aux dégâts qui, au cours du dernier siècle l'a ruinée, alors une population mondiale de sept milliards d'êtres humains n'est pas de trop. Car les dégâts sont d'une telle ampleur que seul un nombre très élevé de personnes pourra mener à bien le chantier planétaire, à condition que la minorité parasitaire et prédatrice les laisse s'en occuper.

La terre étant en friche, dévastée et saccagée, qui peut prétendre que ses jardiniers soient en surnombre? Certes, ceux qui détruisent la nature, qui sacrifient des espèces, qui trafiquent les organismes, qui désertifient les sols sont de trop et devront céder la place aux volontaires qui le cultiveront comme ils le pensent et là où ils le souhaitent, y compris au Nord. Car, tout humain est chez lui partout sur la planète, ce qui implique une libération des mouvements migratoires4. Car, les migrations sont un élément de transformation du monde et de mutation des comportements à l'échelle de la planète5.

Sauver la planète est un défi d'une ampleur telle que l'humanité n'en a jamais connu de semblable. Elle doit, au risque de disparaître, résoudre urgemment un nombre considérable de problèmes nouveaux et complexes, créés depuis un siècle par le productivisme capitaliste. Cette urgence, toute l'humanité responsable en a conscience. Mais pour ce faire, chaque être doit être libéré des contraintes, des privations, de la violence et de la pauvreté qui en paralyse l'action. Cependant, une frange «excédentaire» de l'humanité nie encore l'extrême urgence de mettre fin à la détresse des humains et fait tout pour les tromper et les en empêcher. Mais nous sommes assez nombreux sur terre pour boucler le caquet des tenants d'une croissance productiviste illusoire et d'une décroissance démographique trompeuse. La révolution n'a que faire de ces indignes, mais plus que jamais d'indignés! Car nul ne sait si, au cours du siècle qui commence, l'humanité sera dans quelques années menacée par une croissance de son effectif trop rapide, étouffante, ou au contraire par une décroissance annonçant sa disparition 6.


Notes:
  1. Albert Jacquard, Le compte à rebours a-t-il commencé?, Stock, 2009, p. 27 (adaptation FI).
  2. Michel Husson, Sommes-nous trop, textuel, 2000, p. 45.
  3. Karl Marx, Travail, salaire et capital, Editions sociales, 1970, p. 78 et 79.
  4. Albert Jacquard, Le compte à rebours a-t-il commencé?, Stock, 2009, p. 70.
  5. Jean-Paul Gourévich, Les migrations en Europe, Acropole, 2007, p. 346.
  6. Albert Jacquard, Le compte à rebours a-t-il commencé?, Stock, 2009, p. 68.
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