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Avril 2012 
L'amiante: des fibres minuscules mais dangereuses
Auteur : Dr. D.H.

Voici le fameux article d'un mystérieux «Dr D.H.» publié en 1975

L'amiante joint à des qualités physiques très particulières des propriétés chimiques qui font qu'il est quasiment irremplaçable. […] A l'heure actuelle, l'industrie du bâtiment est celle qui consomme le plus d'amiante, que ce soit sous forme d'amiante-ciment ou de flocage. L'amiante-ciment sert à fabriquer des panneaux de toitures ou de murs dans des constructions industrielles. Le flocage est un procédé qui permet par projection d'un mélange de plâtre et d'amiante d'ignifuger et d'isoler les constructions. […]

Fibrose pulmonaire

La question qu'on est en droit de se poser est alors de savoir si l'amiante est un matériau inoffensif. Il n'en est malheureusement rien. En effet l'amiante est responsable d'une pathologie spécifique, conséquence de sa structure particulière et peut-être de sa composition chimique.

Introduit à la fin du XIXe siècle dans la vie industrielle, l'amiante a, dès 1900 déjà, défrayé la chronique médicale(1). C'est à cette époque que l'on a décrit les premières manifestations de fibrose pulmonaire chez les ouvriers manipulant de l'amiante. Des études furent alors entreprises, et c'est en 1928 qu'un médecin anglais démontra que 28 pour cent des ouvriers de l'industrie textile, qui confectionnaient des tissus ignifugés, présentaient des lésions de fibrose pulmonaire.

Il fallut attendre plus longtemps pour découvrir le premier cas de cancer du poumon compliquant cette fibrose. C'est à un autre médecin anglais que l'on doit cette découverte. Dans cette affaire, il faut d'ailleurs relever le mérite tout particulier des médecins anglais. En effet, c'est à une équipe médicale anglaise que l'on doit la découverte de la relation de la fibrose pulmonaire avec un décès par cancer du poumon. En effet, en 1947 les médecins de cette équipe montrèrent que 14 pour cent de malades atteints de fibrose pulmonaire consécutive à l'inhalation d'amiante, plus communément appelée asbestose, décédaient d'un cancer du poumon. Cette proportion est actuellement plus forte. On estime que plus de la moitié des malades atteints d'asbestose meurent d'un cancer du poumon. Le risque est donc très grand parmi les travailleurs de l'amiante. Il serait six à dix fois plus élevé que dans l'ensemble de la population.

La structure de l'amiante

A quoi peut-on attribuer cette pathologie? Elle provient de la structure physique de l'amiante. Celle-ci, en effet, et ce n'est pas là sa moindre qualité, se divise en fibre fines et flexibles. C'est là que réside le mal de l'amiante. Les traitements industriels libèrent une quantité importante de petites fibres qui sont inhalées et qui, en raison de leur petitesse, peuvent pénétrer profondément dans les poumons et y déterminer, au bout d'un temps plus ou moins long, la formation d'un tissu fibreux qui gêne les échanges gazeux normaux. Une fois constituée, cette fibrose évolue pour elle-même. Il faut attendre de nombreuses années pour qu'un cancer se déclare. Le délai est en général supérieur à quinze ou vingt ans. Il peut même atteindre plus de quarante ans pour un type particulier de cancer.

On voit donc combien il est difficile de faire une relation de cause à effet. Actuellement, on admet, pour expliquer la genèse de ces cancers, l'intervention de plusieurs facteurs. Les fibres d'amiante responsables, si fines que seul le microscope électronique permet de les déceler, détermineraient une irritation chronique au niveau du tissu pulmonaire. Des substances chimiques plus facilement absorbées du fait de leur incorporation à ces fibres ou certains produits métalliques, contenus dans l'amiante, inhibant des enzymes capables de détruire normalement des substances cancérigènes, détermineraient la formation d'un cancer. […]

De nouveaux procédés techniques devraient être recherchés afin de remplacer l'amiante toutes les fois que c'est possible. […]

Les recherches doivent se poursuivre d'autant que la consommation d'amiante dans le monde est en constante augmentation(2). […]

 


1 Denis Auribault, inspecteur départemental du travail à Caen, publie en 1906 un rapport dénonçant la «forte mortalité des ouvriers dans les filatures et dans les usines de tissage d'amiante». En 1945, un tableau de maladies professionnelles dues à l'amiante est créé: les employeurs ne peuvent prétendre ignorer les risques.

2 Et en Suisse également, bien que voici plus de 20 ans, depuis le 1er mars 1989, que les importations «des produits et objets contenant de l'amiante» sont interdites. Or, en 2011, sont entrés en Suisse plus de 11 tonnes d'amiante, plus de 8000 tonnes d'«ouvrages en amiante-ciment, cellulose ciment ou similaires» et plus de 221 tonnes de garnitures de friction dont certaines sont «à base d'amiante». Et ces tonnages sont en augmentation. Certes, selon une étrange ordonnance (ORRChim22), «l'OFEV [environnement] peut - dans certains cas très rares dans la pratique - octroyer, en accord avec l'OFSP [santé publique], des dérogations à des conditions très restrictives». Il est urgent de savoir comment il se fait que les «cas très rares» consomment autant d'amiante, dans quel but et par qui. Cela permettra de juger qui, après Stephan Schmidheiny, seront les prochains responsables des cancers de l'amiante.




 

La maladie la plus répandue chez les hommes politiques est l'amnésie.
André Frossard

Il n'y a pas de richesse préférable à la santé du corps.
L'Ecclésiaste, XXX, IIe s. av. J.-C.
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