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Juin 2011 °
Johann Heinrich Pestalozzi (1746 – 1827)
Auteur : Françoise Waridel

On peut figurer sur un billet de banque, sur des timbres, sur des médailles, avoir donné son nom à des rues, des places, des institutions, des écoles, des villages, des associations, des fondations, des bibliothèques… et pourtant être très mal connu! Qui est donc Johann Heinrich Pestalozzi?

Né le 12 janvier 1746 à Zurich, Pestalozzi devient orphelin de père à 5 ans et demi. Son enfance est marquée par sa mère, femme aimante et dévouée, et par une servante fidèle. Jeune homme, il entreprend des études de théologie, est influencé par les idées de J.-J. Rousseau. Il ne réussira pas ses études et commence une formation agricole. Il se marie avec une jeune fille cultivée, Anna Schulthess et, en 1770, naît leur fils unique, Hans Jakob, qui sera élevé selon les principes de l'Emile de Rousseau. Ses activités agricoles ne sont pas couronnées de succès et Anna et Pestalozzi accueillent, dans leur maison à Neuhof, des enfants pauvres et abandonnés. Ils les éduquent, les nourrissent, les instruisent, leur apprennent à travailler. Cette première expérience éducative durera 7 ans mais se termine faute de moyens financiers. Pestalozzi se lance alors dans l'écriture et toute sa vie, il va écrire. Ses ouvrages sont répertoriés dans 29 volumes d'œuvres et 14 volumes de lettres. Dans tous ses écrits apparaît l'idée forte que «l'éducation est le seul remède pour sortir de la pauvreté».

Après le passage des armées napoléoniennes au centre de la Suisse, Pestalozzi est sollicité par le Gouvernement pour s'occuper des enfants meurtris de Stans; il s'y rend et accueille une soixantaine d'enfants malades, blessés, affamés, dans une annexe de couvent. Ils sont nourris, soignés, éduqués, instruits par Pestalozzi mais, six mois plus tard, Pestalozzi est prié de quitter Stans car la guerre est finie. Il écrira alors sa célèbre «Lettre de Stans» qui contient les prémices de son engagement éducatif et décide de devenir maître d'école. A Burgdorf, il trouve une classe, une petite école populaire qu'il va conduire pendant une année puis, à la demande des autorités de la ville, s'installe au Château et fonde un institut, expérience qui durera trois ans. Il est très affecté par la mort de son fils, âgé de 31 ans seulement. Il doit quitter Burgdorf.

C'est alors qu'en février 1804 il reçoit des autorités de la ville d'Yverdon une invitation pour venir s'y établir. Pestalozzi accepte, arrive à Yverdon en automne 1804 et installe son institut pour garçons dans le Château dès le printemps 1805. Rapidement, celui-ci devient célèbre. Il accueille des garçons de 7 à 15 ans, Yverdonnois, Suisses, étrangers de Russie, Pologne, Allemagne, France, Angleterre, Espagne, Italie… enfants de religion catholique, juive, protestante, de langues différentes, de milieux différents, des enfants riches et des enfants pauvres, dans une grande communauté fraternelle. Un visiteur éminent a déclaré que cet institut était une «Université de l'enfance dédiée à la culture de l'homme».

Pestalozzi n'y enseigne pas. Il en est «l'éveilleur». Cet institut jouit, peu après sa création, d'une renommée européenne. En 1806, Pestalozzi ouvre un deuxième institut, pour les jeunes filles cette fois. Là aussi, l'enseignement est remarquable, très novateur pour l'époque. Un troisième institut voit le jour en 1813 pour les enfants sourds, le premier de ce genre en Suisse. On y applique, comme dans les deux autres, les principes pédagogiques de Pestalozzi. En 1818, quatrième école: la maison des enfants pauvres à Clendy, un quartier d'Yverdon. Pestalozzi y accueille des garçons et des filles ayant réussi leur cursus scolaire et qui seront formés pour être enseignants à la campagne. Hélas, cet institut ne durera qu'un an, pour des raisons financières et administratives. Pestalozzi, vieillissant, rencontre des difficultés grandissantes. En 1825 – il a 79 ans – il ferme l'institut des garçons, quitte Yverdon et retourne dans sa maison du Neuhof où il mourra le 17 février 1827. Il sera enterré à Birr et, selon son désir, contre le mur de l'école. Les deux instituts, celui des filles et celui des enfants sourds, devenus indépendants, continueront leur accueil et leurs fonctions.

Que se passait-il dans ces instituts pour que leur renommée se répande à travers l'Europe? Il faut bien le répéter, Pestalozzi n'a jamais écrit sa méthode, car il refusait de donner des «recettes». Sa méthode transparaît au travers de ses œuvres et par les souvenir rapportés par ses élèves et ses maîtres.

Du point de vue relationnel, il y avait une grande tolérance entre les élèves, les maîtres, le personnel de l'institut – et chacun étant mis sur un pied d'égalité, cela impliquait un esprit de justice et de respect.

Du point de vue scolaire, une grande ouverture d'esprit: chacun doit sans cesse compléter ses connaissances, autant les maîtres que les élèves. Chaque élève travaille à son propre développement tout en respectant les autres. Pestalozzi désire que «chacun se fasse œuvre de lui-même». Ni notes, ni prix, ni punitions.

Tout apprentissage doit aller: du facile au difficile – du simple au composé – des idées concrètes aux idées abstraites – des idées particulières aux idées générales. Tout apprentissage passe par les sens et doit rester ancré dans le vécu. Il faut solliciter le désir de savoir, l'action, l'initiative, la création, l'autonomie.

On peut résumer par: Tête – Cœur – Main – c'est-à-dire: le savoir, le savoir-être, le savoir-faire – et Pestalozzi de préciser que ces trois savoirs doivent être développés de manière équilibrée pour que l'être le soit aussi.

Sur le monument édifié à Yverdon en 1890, on lit: «J'ai vécu moi-même comme un mendiant pour apprendre à des mendiants à vivre comme des hommes».

Françoise Waridel
Membre fondatrice et ancienne présidente
du Centre de documentation et de recherches
Pestalozzi

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