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Décembre 2010 
Comme le nez au milieu de la figure
Auteur : Edith Samba

Lorsqu'on en arrive à ne réfléchir qu'à coups de slogans, il est bien évident que les attentats, du 11 septembre 2001, au Pakistan et ailleurs, ainsi que les enlèvements comme nouvelle stratégie, sont pain béni pour les va-t-en-guerre de tous poils et leurs tambours médiatiques.

Il ne me semble pourtant pas inutile de rappeler que les extrémistes islamiques ont été encouragés, financés, armés et entraînés par d'autres extrémistes, chrétiens ceux-là. Les méthodes de prosélytisme chrétien n'ont pas fait, et ne font toujours pas dans la dentelle non plus. N'oublions pas la manière dont le prêtre suivait le militaire et le marchand dans la course aux conquêtes coloniales, pour bénir les victimes de notre brutalité et brûler leurs objets de culte. Aujourd'hui encore, certains groupes chrétiens font du chantage à l'aide humanitaire avec leur bible en bandoulière. Rien de tel pour semer discordes, pertes de confiance et amalgames avec ceux qui travaillent dans le respect des autres cultures.

L'Occident a semé de multiples graines de violence, multiplié les raisons de lui en vouloir, depuis l'époque des colonies jusqu'aux indépendances. Aujourd'hui, avec les méthodes économiques méprisables et méprisantes que nous avons appliquées, peaufinées pendant des décennies dans les pays dits du Tiers-monde, nous les subissons à notre tour et en sommes curieusement surpris. Je serais tentée de dire que nous ne faisons, de fait, que voir venir en retour la monnaie de notre pièce.

Expliquer n'est pas bien sûr justifier. Tout recours à la violence est manière primitive de résoudre un problème. L'état des lieux devrait plutôt nous faire réfléchir sérieusement, nous préparer à présenter nos plus sincères excuses pour tout le mal que nous avons semé et chercher avec toute la planète une nouvelle manière de vivre, communiquer et commercer ensemble.

Ce ne sera pas aisé, tant que nous continuerons d'être convaincus de notre supériorité civilisationnelle et refuserons d'admettre que nous sommes les principaux instigateurs de ce monumental gâchis. Pourtant, une foule de beaux gestes, échanges et aventures communes pourraient plaider en notre faveur, sachant que l'immense majorité des populations serait prête à passer l'éponge en échange d'une claire reconnaissance du passé et à repartir sur de nouvelles bases.

Mais, pour obtenir le pardon, il faut commencer par le demander. A cet égard, les trois Livres sacrés, même s'ils contiennent bien des propos d'une rare violence, n'arrêtent pas de nous le répéter, chacun à sa manière. Pour cela, ils mériteraient d'être lus à l'aune du contexte historique dans lequel ils ont été écrits et qu'on en étudie plus sincèrement l'esprit que la lettre. D'ailleurs, la majorité des obédiences hébraïques, chrétiennes et musulmanes prônent la coopération et le respect mutuels.

Ainsi, peut-être, arriverons-nous, un jour, à nous considérer tous comme enfants du Ciel, respectables dans notre diversité et prêts à lutter, chacun en son for intérieur, contre les forces brutales et destructrices ancrées, pour longtemps encore, dans sa structure fondamentale. Travail individuel absolument indispensable, précisé et merveilleusement enseigné par les mystiques soufis comme le véritable sens à donner au terme de «jihad» et contraire à beaucoup d'interprétations plus récentes et pour le moins guerrières.

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