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Février 2008 
Des artisans de paix
Auteur : Mario Bélisle

Le pacifisme n’est pas – loin s’en faut – une valeur apparue en 1967 dans la mouvance hippie ni l’étendard des seuls mouvements de gauche s’opposant aujourd’hui à la guerre d’Irak ou aux réunions du G8. Sait-on par exemple qu’en marge des religions dominantes – qui ont connu guerres et croisades – il existe encore des églises traditionnellement pacifistes ?

On y retrouve habituellement trois mouvements religieux issus du christianisme :

On inclut aussi les Amish, communauté chrétienne anabaptiste vivant en Amérique du nord à l'écart de la société moderne. Les Amish comptent environ 47’000 personnes en Pennsylvanie, 55’000 en Ohio, 37’000 en Indiana et 59’000 dans d'autres Etats. En 1985, le film Witness, avec Harrison Ford et Kelly McGillis, a fait découvrir les Amish et leur non-violence à nombre d’Européens.

Quant aux Brethren, ils sont divisés en trois tendances: conservatrice (130’000 membres); progressistes (85’000 dans l’Ohio), et quelques milliers d’autres fidèles dans l’ancien ordre.

Mais le groupe qui a le plus marqué l’histoire du pacifisme en Suisse romande est sans conteste celui des Quakers, dont il y aurait beaucoup à dire. Par manque de place, résumons de manière synthétique son histoire, avant de considérer plus en détail son témoignage de paix.

La Société religieuse des Amis, fondée au 17e siècle en Angleterre, a Georges Fox comme principal fondateur et meneur des débuts du mouvement. Le quakerisme s’est d’abord répandu dans les pays de colonisation anglo-saxonne, donc aux États-Unis et en Australie, mais aussi en Europe, Bolivie, Costa-Rica, Guatemala, Kenya, Philippines et Pérou. On en compterait env. 300'000 dans le monde.

La Société des Amis se différencie de la plupart des autres groupes issus du christianisme par l'absence de credo et de toute structure hiérarchique. On y trouve aujourd'hui des croyances très diverses, mais le concept qui reste central pour la plupart des quakers est celui de la « lumière intérieure ». Chaque être humain porte en lui une étincelle divine, et mérite de ce seul fait le respect, quelles que soient son origine, son ethnie, ou ses croyances religieuses.

« C’est dans le calme et la confiance que sera votre force »
Esaïe 30:15

Pour le reste, les membres de la Société des Amis peuvent vivre selon des croyances religieuses individuelles, issues de leur conscience et de la révélation venant de cette «étincelle divine» qui se trouve en chacun et chacune. De nombreux quakers ressentent leur foi comme ne rentrant pas dans les catégories chrétiennes traditionnelles mais comme une autre manière de faire l'expérience de Dieu. Certains quakers se considèrent même aujourd'hui universalistes, agnostiques, humanistes, etc. La demande que le quakerisme inclue des non-chrétiens remonte au moins à 1870. Autre domaine où les quakers furent précurseurs: les hommes et les femmes y ont toujours tenu des rôles égaux, et ce depuis les débuts du mouvement !

Parmi les quakers suisses connus, notons:

Outre les Suisses, citons encore William Penn, fondateur de la Pennsylvanie; Thomas Paine, un des pères fondateurs des États-Unis; Eric Baker, co-fondateur d'Amnesty International; et Ben Kingsley, l’acteur britannique qui a joué Gandhi, dans le film éponyme. Ils ont en commun (avec beaucoup d’autres) d’avoir fait officiellement partie de la société des Amis, ou d’avoir au moins participé régulièrement à ses cultes, sans y adhérer formellement, ce qui est aussi possible.

La place manque pour détailler comment se passe un culte quaker, centré sur le silence, ou les méthodes consensuelles pour la prise des décisions concernant les affaires de la communauté. Mais mentionnons au moins qu’au cours de leur histoire, les Quakers se sont toujours efforcés de répondre à l’injonction: «Let your life speak», afin que leurs convictions profondes s’expriment en actes, plutôt qu’en paroles.

« Vous devez être le changement
que vous désirez voir en ce monde ».
Mahatma Gandhi

Ces témoignages concernent la paix, l’égalité, l’intégrité et la simplicité. Le témoignage de paix est probablement le plus connu des témoignages quakers. Leur conviction est que l'emploi de la violence est toujours une erreur. En temps de guerre, ils s’engagent sur les champs de batailles comme brancardiers. En 1947, après la Seconde Guerre mondiale, le Prix Nobel de la paix est attribué à deux comités quakers anglais (le Friends Service Council) et américain (le American Friends Service Committee) pour leur action en faveur de la paix et de la réconciliation des peuples.

Aujourd’hui, les quakers sont encore objecteurs de conscience, engagés contre la guerre et pour la non-violence, ce qui conduit certains d'entre eux en prison. D’autres refusent de payer la part des impôts qui finance l'armée, mais versent la même somme à des organisations qui promeuvent la paix. Des quakers s’engagent dans différentes organisations, dont le Centre pour l’Action non-violente, à Lausanne (ex Centre Martin Luther King).

Ce sont tous ces témoignages de paix qui font de la Société des Amis une communauté engagée et ouverte sur le monde de demain.

Sources: Les Quakers, Edouard Dommen, Cerf-Fides, 1990, et Wikipédia. Il y a des cultes quakers réguliers en Suisse romande à Genève et à Lausanne. Voir www.swiss-quakers.ch
Il y a eu depuis plus d'un siècle en Europe des liens historiques fréquents entre les Quakers et les locuteurs de la langue internationale espéranto. Voir à ce sujet, le site (multilingue) de la Kvakera Esperanto Societo.

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