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Février 2008 
La non-violence à l'épreuve du choix et de la volonté
Auteur : Zachée Betché

Entendons-nous bien. Si la non-violence doit être posée comme valeur, c’est par opposition à la violence et la barbarie que celle-ci incarne. Exercer la non-violence c’est affirmer clairement que face à un problème donné, il existe, au-delà et au détriment de la force brute et immédiate, d’autres solutions pacifiques. D'autre part, il me paraît juste de préciser que la non-violence n’est pas une trouvaille de la modernité. Elle est une profonde attitude humaine possible à travers certainement toutes les époques et tous les aires géographiques. Il va sans dire que nous serions incapables de fournir ici une liste de personnalités pour chaque moment de l’histoire humaine. Ce serait un drôle d’exercice qui au passage n’aurait peut-être pas une si grande importance.

En revanche, il faut souligner que la non-violence n’a rien de banal en soi parce qu’elle est exigeante et construite. Les exemples de personnalités qui incarnent la non-violence sont plus ou moins rares dans l’histoire moderne et c’est peut-être la raison pour laquelle nous connaissons sans grand effort des figures emblématiques comme Mahatma Gandhi ou Martin Luther King.

Hélas, quelques fois, pour survivre, le bizness de la charité prend en otage ces personnalités que l’histoire a «momifiées». Ce qui équivaudrait par ailleurs à une forme de violence puisque celle-ci n’est pas forcément physique. La violence intellectuelle, idéologique, religieuse, morale, psychologique, médiatique, économique, etc. ne sont que des variantes d’une même barbarie initiale. Il est essentiel, pour échapper à une quelconque banalisation de la question de violence, de soulever cette pluralité de formes qui renvoient finalement à l’idée du mal. Et saisir la violence comme mal c’est aller à la racine du problème.

Il y a des non-violences qui ne le sont pas forcément. En réalité, du fait de l’absence de moyens pour agir violemment en réaction à une certaine injustice par exemple, on peut se mettre dans une posture mensongèrement non-violente. La violence prend des formes cachées voire subtiles lorsqu’on ne dispose pas d’outil plus ou moins nécessaire pour y parvenir. En effet, nous ne pourrions guère nous en sortir tant que nous ne nous efforcerions pas à distinguer les formes de violences ainsi que leurs motivations respectives. De même, nous serions dans la peine si d’aventure nous confondions la non-violence avec une certaine forme de lâcheté ou d’extrême faiblesse.

Certaines questions nous paraissent idoines pour rester sur une note critique tant notre société se caractérise par moment par des situations quelque peu complexes.

La non-violence est-elle l’attitude condescendante d’un individu qui a les moyens de se poser au-dessus de la mêlée? Dans le Nouveau Testament, par exemple, le pardon qui fonctionne à l'intérieur de la non-violence apparaît comme une réponse à la fois exemplaire et éloquente à une offense. Seulement, nulle part, me semble-t-il, la posture de celui qui est pardonné, encore moins de celui qui pardonne n'est clairement mise en évidence. Or, dans nos sociétés actuelles, cette question de la posture est pertinente quoique l'esprit biblique soit différent parce qu'il voit l'être humain au-delà des clivages. Nous n'en sommes pas là malheureusement.

En insistant sur la posture de l’un et l’autre, j’aimerais me rassurer sur la vérité ou la profondeur de ce pardon. Si l’individu non-violent agit en tant qu’être libre ou pas. Dans le geste non-violent, il importe de mentionner la liberté qui fonde toute action humaine digne. Etre libre dans la non-violence est une tautologie en somme parce que la liberté lui est consubstantielle. Or, ce qui se passe quelque fois lorsqu'on est privé de liberté, c'est le triomphe du mutisme qui s'apparente à une sorte de non-violence. Dans de nombreux pays où les dictatures ont épousé des formes variées et où derrière chaque citoyen une arme réelle ou fictive est pointée, règne aujourd’hui encore une sorte de «paix». Ce mutisme et sa pseudo non-violence noyée dans le calvaire des injustices les plus insoutenables sont une honte pour l’humanité entière. Beaucoup d’hommes et de femmes vivent encore affamés et privés d’avenir au nom d'une «paix» que seule la raison humaine a du mal à comprendre. Car la paix constitue l’essence même de la non-violence. Doit-on accepter indéfiniment ce mensonge? A ce geste finalement d’anti-non-violence on pourrait sans exagération ajouter le terrorisme. Si ce dernier est un drame à la fois incompréhensible et insoutenable, peut-être faudra-t-il tout de même préciser qu’il ne s’agit là que de l’arme du plus faible. C'est une sorte de mutisme qui ne fait pas la moindre place au dialogue. Etre dans la posture du faible pourrait aboutir à cette sorte de lâcheté qui réduit la vie à néant. La notion de liberté disparaît totalement en terrorisme et provoque une image sclérosée tant de la religion que de l’existence à laquelle chacun de nous est appelé à exercer son devoir d’être vivant raisonnable.

Mais quoi qu'il en soit, le mutisme proprement dit serait préférable au terrorisme parce que le silence lâche pourrait être raisonné. Toutefois, la difficulté d'instaurer la non-violence reste intacte. Jusqu’où, par exemple, la non-violence est-elle pertinente? Il existe à mon avis des moyens pour exprimer ce refus de la violence. D'abord, poser la non-violence comme valeur, refuser la peur comme réponse aux situations qui se donnent et exprimer la vérité dans sa profondeur. Montrer, à l'image du Christ sur la croix, jusqu'où la barbarie humaine est une absurdité. La non-violence doit impérativement se démarquer de la faiblesse sinon on la confondrait, me paraît-il, à la résignation. La non-violence la plus évidente, à mon avis, serait le refus d'utiliser le potentiel de force brute dont on dispose.

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