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Octobre 2007 
Un slogan qui comporte des limites
Auteur : Curt Walther

Le slogan auquel le titre fait référence est celui de notre forum: "Notre santé, c’est d’abord notre affaire!"

Voilà un vaste sujet qui a fait couler beaucoup d’encre et a suscité des controverses et d’innombrables méthodes de guérison… Il suffit de penser aux médecines douces dans notre culture et aux médecines traditionnelles d’autres civilisations, toujours en vogue – acuponcture, traitements ayurvédiques, phytothérapie, etc. Parmi les médecines alternatives de chez nous, citons l’homéopathie, les diverses écoles de thérapies manuelles telles l’ostéopathie et la chiropratique, l’auriculothérapie, la phytochimie et j’en passe.

Il y a quelques années, j’ai participé, en qualité de rhumatologue, à un congrès de médicométrie. Cette science récente propose une vision globale de la filière santé qui comprend la prévention des maladies, les soins, mais aussi les multiples effets dans les secteurs économiques. Il faut peut-être rappeler que les coûts globaux de la santé dépassent actuellement les 50 milliards de francs, que ce domaine représente en moyenne 14% des dépenses des ménages mais qu’ils dopent également l’économie nationale par la création de postes de travail ainsi qu’une vaste industrie qui regroupe des biotechnologies, le développement de matériels et de nombreux appareils utilisés par les médecins, les laboratoires et les hôpitaux. Rappelons qu’environ 500 000 emplois dans ce pays sont dévolus directement ou indirectement au secteur de la santé, ce qui représente 17% des emplois en Suisse.

Le thème proposé par ce forum n’est pas celui de la médicométrie mais de l’endiguement de la consommation médicale et donc de la responsabilisation individuelle dans le domaine de la santé.

«Le médecin n’est rien d’autre qu’un réconfort pour l’esprit».
Pétrone

Il existe sans aucun doute un certain déterminisme du milieu social, de l’environnement au sens large et également sur le plan génétique, familial. Mais il n’y a pas de société possible sans responsabilité des membres qui la constituent. C’est vrai, la santé est notre affaire, mais ce slogan comporte des limites. Le corps médical et les médias insistent trop peu sur la prévention et pourtant les notions de base pour rester en bonne santé sont bien connues. Je ne citerai à titre d’exemple que l’alimentation, saine, pauvre en graisses saturées avec consommation carnée modérée et sans excès calorique, de l’exercice en suffisance – marche, sport sans excès, jardinage, etc. – ainsi que l’abstention du tabac et autres drogues. Sur le plan psychosomatique, la prise de conscience d’une bonne respiration et la pratique d’exercices qui permettent de développer les facultés intellectuelles et la mémoire me paraissent essentielles.

La maladie et la santé sont en fait en interrelation constante, en équilibre fragile. Il y a beaucoup de maladies mais qu’une santé et on peut se demander par quel miracle l’homme reste en «bonne santé» alors qu’il est guetté par d’innombrables pathologies… La médecine orthodoxe a raison de rappeler l’incertitude qui régit la vie. Les sociétés ont toujours dû faire face aux risques et ont essayé de les maîtriser. En médecine on parle de risque cardiovasculaire, de risque de cancer et de tant d’autres maladies, anciennes ou nouvelles, que l’on appelle émergentes. Dans un numéro récent de la «Revue médicale suisse», un journaliste estime «qu’être en bonne santé n’a plus de sens fort comme autrefois, car chez tout le monde il existe des signes de susceptibilité accrue à telle ou telle maladie, des prédispositions génétiques à l’un ou l’autre désordre».

«Un médecin n’est pas un bon médecin s’il n’a été lui-même malade».
Proverbe arabe

Avec le vieillissement de la population, la médecine coûte évidemment de plus en plus cher et on dit dans le milieu médical que les dernières années de la vie sont les plus coûteuses! Mais ce qui grève le budget de la santé est l’offre toujours plus grande, presque infinie, des progrès technologiques et des connaissances, à tel point que l’on commence à parler de rationnement… C’est que la médecine a des projets ambitieux, coûteux: allonger la vie artificielle, calmer toute souffrance physique et nos angoisses existentielles, développer la réalisation de soi. L’académie suisse des sciences médicales a demandé que des lignes directrices soient tracées dans ce domaine mais, sur le plan politique, c’est le statu quo.

Il faut bien reconnaître les énormes progrès réalisés par la médecine et en particulier par la chirurgie. Pensons aux succès de l’orthopédie qui redonne de la mobilité à des milliers de personnes atteintes d’arthrose invalidante. Je pense spécialement à l’implant de prothèses chez les malades souffrant d’une arthrose de la hanche ou des genoux et qui, grâce à cette chirurgie, mènent une vie quasi normale. Et on ne peut nier que la médecine interne ne joue pas, elle aussi, un rôle décisif dans le traitement d’un grand nombre d’affections souvent curables. Le simple dépistage clinique ou par les tests de laboratoire permet de poser un diagnostic de diabète, de goutte ou d’hypercholestérolémie responsable de nombreuses cardiopathies.

La prévention reste néanmoins le maillon faible de la médecine; c’est pourquoi il est bon de se souvenir du message que nous a laissé la Doctoresse Kousmine dans son livre «Soyez bien dans votre assiette jusqu’à 80 ans et plus», celui de prévenir certains cancers et si possible d’échapper aux maladies dégénératives.

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