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Juin 2007 
Parcours du combattant
Auteur : A.S.

Ce texte a été rédigé par une jeune étudiante de 20 ans. Nous avons choisi de le publier dans le forum «La joie de vivre» pour bien montrer que cette joie de vivre est intimement liée à l’environnement dans lequel on vit. En un mot: on ne peut pas être heureux tout seul!

Au cours de ces vingt dernières années, notre société, devenue psychogène, s’est délibérément lancée dans une multitude de projets et d’idées, plus farfelus les uns que les autres. Aujourd’hui, jeunes et moins jeunes en payent les pots cassés et doivent se battre, au quotidien et sur tous les fronts, s’ils veulent survivre au milieu de ce chaos planétaire.

Dès leur plus jeune âge, les enfants, cibles préférées des médias et autres «marchands de rêve», sont jetés au coeur de cette pagaille sociale, économique et politique. L’école s’est donné pour mission de diviser les élèves en «castes» suivant leurs compétences scolaires. Compétences, qui, à mon goût, sont jugées chez des sujets beaucoup trop jeunes. Un enseignement de qualité, des crédits débloqués pour des excursions ou autres expériences de laboratoire, discours bien tournés pommadant l’interlocuteur dans le sens du poil, sont réservés à l’élite de nos étudiants. Quant aux autres, classés «intermédiaires» ou «manuels», ils ne bénéficient ni de la même attitude, ni des mêmes moyens. Peu d’avenir et de perspectives professionnelles, enseignement superficiel voire nullissime, discours râpeux, teinté d’une pointe de mépris, constituent l’ambiance générale de la formation. Ce clivage entre intellectuels et manuels peut laisser, chez certains, d’irréversibles séquelles.

«Viens à la joie et chante! Rejette ton habit austère et danse; sinon, va t’asseoir dans ton coin, caché sous des voiles hypocrites».
— Hafiz, Les Ghazels

En débarquant dans le monde adulte, la réalité de cette civilisation fasciste et mercantile nous apparaît beaucoup plus clairement. De plus en plus souvent, un jeune qui souhaite étudier doit posséder une maturité, car nombres de formations qui, il y a quelques années encore ne la demandaient pas, l’exigent aujourd’hui. Les portes de l’avenir se ferment petit à petit pour nous, pauvres imbéciles, pour ne laisser passer que ceux que l’on nomme «la crème de la crème». Obtenir un contrat de travail signifie avoir préalablement acquis un certain nombre d’années d’expériences, dans le domaine convoité. Années qui ne s’effectuent pas si facilement puisque les places d’apprentissages et de stages se réduisent comme peau de chagrin. La majorité des patrons n’engagent pas les moyens nécessaires à la formation continue. Actuellement, malgré les statistiques tendant à nous démontrer le contraire, le chômage touche de plus en plus de gens. Dû aux délocalisations, nouveau sport à la mode, aux licenciements et autres restructurations du personnel, il met en péril l’équilibre familial et financier de nombreux foyers. Pourtant, une fois encore, la collectivité ne trouve pas de solution à l’amiable et, bien au contraire, s’acharne à montrer du doigt et à maltraiter les sans-emploi.

N’oublions pas «les vieux», personnes âgées de plus de cinquante voire quarante-cinq ans seulement, qui, considérées comme trop vieilles pour continuer à s’adapter, sont écartées sans scrupules ni ménagement du système, sans qu’aucune solution de rechange honorable ne leur soit proposée. Ces «ancêtres» connaissent pourtant toutes les ficelles du métier et peuvent, à nous jeunes inexpérimentés, apprendre une foule de choses. Paradoxalement, l’âge de la retraite, lui, recule régulièrement!

«En toutes choses, seul ce qui nous vient du dehors, gratuitement, par surprise, comme un don du sort, sans que nous l’ayons cherché, est joie pure».
— Simone Weil, La Pesanteur et la grâce

Je ne tiens pas à faire de généralités: enseignants, patrons et politiciens ne sont pas tous pourris, mais il subsiste, malheureusement, encore et toujours, un nombre non négligeable de personnes attirées par le pouvoir et l’argent, prêtes à vendre père et mère pour se les approprier. Je ne vous dépeins qu’une infime partie des injustices et des inégalités sociales de notre belle civilisation occidentale. De jour en jour, le monde entier sombre dans les ténèbres de l’indifférence et de l’égoïsme. Nous fonctionnons et progressons à l’envers, marchons à reculons et ne semblons pas nous en étonner. Allons-nous rester les bras croisés, attendant de toucher le fond du gouffre qui nous aspire et de nous y fracasser? Ou retrouverons-nous ces quelques fibres d’humanité, enfouies au fond de chacun de nos coeurs, permettant de tisser une toile solide entre les parois des trous sociaux, le temps de marquer une pause et de nous hisser hors de cet abîme? Au milieu de ce «chantier terrestre», il est devenu difficile de trouver son bonheur. Chacun essaye de le dénicher, à sa façon, avec ses outils et ses convictions. Certains ne le découvrent jamais et sombrent dans les méandres de la dépression, de la toxicomanie, de la folie. Je ne souhaite pas dramatiser à outrance mais il y a de quoi sérieusement s’inquiéter. Heureusement, de nombreuses personnes s’engagent à rendre l’ordinaire de leurs concitoyens plus supportable.

Se lever le matin en bonne santé, entamer une nouvelle journée sans guerre ni bombardement, sans dictature ni famine, sont déjà de bonnes raisons de sourire. Se sentir utile à autrui, aimer ses proches et être aimé d’eux, partager d’agréables moments, sont les meilleures bases des instants de bonheur quotidien.

A.S.

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