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Juin 2007 
Il est possible de travailler à notre bonheur
Auteur : Curt Walther

La joie de vivre, voilà un thème sans âge et qui ne connaît pas de frontière entre les civilisations occidentales et orientales. Le désir d’être heureux n’est-il pas naturel?

De nombreux philosophes de l’antiquité se sont attardés sur ce sujet et rares sont les écrivains plus proches de nous qui n’aient pas abordé la notion du bien-être général en opposition au malheur, à la souffrance. En Orient, il me semble que le but de la plupart des enseignements religieux est la recherche d’un état de bonheur au-delà des contingences et des difficultés de la vie quotidienne. Le seul titre du dernier livre de Mathieu Ricard, d’abord chercheur générique en France et ayant embrassé le bouddhisme il y a une trentaine d’années, en est la preuve: «Plaidoyer pour le bonheur».

«La joie est en tout. Il suffit de l’extraire».
— Confucius

Nous sommes les habitants privilégiés d’un pays riche, démocratique et où règne la sécurité. Cependant, les trois quarts des gens sont pessimistes, recroquevillés sur eux-mêmes dans un individualisme exacerbé et n’entrevoient l’avenir qu’avec crainte. Pourtant on affirme chercher le bien-être dans notre société, y compris dans le monde de la médecine. Mais le cherche-t-on vraiment, se demande Bertrand Kiefer, rédacteur de la Revue médicale suisse. «Les études récentes montrent que nous, les médecins, sommes des handicapés de bien-être... Exemple parmi d’autres: si nous obtenons des gains de productivité par nos bons soins, qu’en faisons-nous? Nous les transformons en revenu plutôt qu’en qualité de vie. Malgré d’importantes améliorations des conditions matérielles dans les pays développés, il n’y a pas eu d’augmentation du bien- être, de joie de vivre». Aux endroits mêmes où le progrès est le plus éclatant, le nombre de dépressions ainsi que d’états anxieux augmente et le bien-être stagne.

Pour expliquer ce phénomène paradoxal, on blâme en général les conceptions dites néolibérales, les socio-économiques inégalitaires, Je pense qu’il faut invoquer d’autres causes, enfouies dans la profondeur de notre psychisme. Ne sommes-nous pas englués dans l’avoir alors qu’il faudrait réapprendre à être, être tout simplement, sans la recherche du seul profit?

«La joie ne peut éclater que parmi les gens qui se sentent égaux».
— Honoré de Balzac

La joie de vivre est intimement liée à la connaissance de soi, de nos mécanismes psychologiques. Notre forte tendance à l’égocentrisme, à tout ramener à soi et nous laisser envahir par des pensées négatives a quelque chose d’infantile. Avons- nous la maturité pour nous poser des questions fondamentales sur la vie et la mort, sur l’avoir et l’être, sur le manque et la plénitude? L’intégration de l’ombre, de l’inconscient dans la vie consciente est la grande question de la psychologie de ce grand chercheur de l’âme humaine que fut Carl Gustav Jung.

«La joie réside au plus intime de l’âme; on peut aussi bien la posséder dans une obscure prison que dans un palais».
— Sainte Thérèse de Lisieux

Il est difficile de se rendre compte que chaque fait, chaque vérité a son contraire et nous sommes tout le temps dans la distinction: ce que j’aime ou n’aime pas, ce qui correspond à mon goût et ce qui ne l’est pas, selon mes préjugés, et sur le plan émotionnel, les sensations qui sont agréables ou désagréables. Nous vivons dans la contradiction.

Pour C.G. Jung et de nombreux autres philosophes et psychologues, le moyen de trouver un certain équilibre intérieur, une joie de vivre consiste d’abord à réunir les opposés pour découvrir l’unité; prendre conscience du fonctionnement de notre psychisme est le premier pas pour nous libérer de notre conditionnement dualiste.

Jean-Yves Le Loup, philosophe et prêtre orthodoxe, a écrit plusieurs ouvrages pour nous aider à sortir de cette insupportable ambivalence et à accéder à notre véritable Moi personnel qui peut nous mener à la compassion. Je ne citerai que quelques passages tirés de son livre «La montagne dans l’océan»; ces réflexions illustrent de façon pratique le problème de nos pensées et actes négatifs suscitant justement leur contraire, ce qui est constructif. «Le premier aspect négatif de l’esprit est la satisfaction: savoir être content de ce qu’on a! Le deuxième aspect négatif de nos attitudes intérieures est la malveillance; face à la malveillance il s’agit de développer un a priori de bienveillance, de confiance. La troisième qualité qui répond à l’esprit borné, accroché à ses conceptions, est la souplesse d’esprit qui nous permet de comprendre l’autre, ce qui implique qu’on n’a pas raison a priori». Ces thèmes et de nombreux autres propos sur la philosophie et la religion sont largement développés dans le livre susdit.

«Il n’est pas d’hiver sans neige, de printemps sans soleil, et de joie sans être partagée».
— Proverbe Serbe

Il est donc possible de travailler à notre bonheur mais il est vrai qu’il est plus difficile d’être heureux que malheureux…

J’avoue que je suis un optimiste incorrigible. J’ai la conviction profonde que l’homme peut changer le cours négatif des événements et tout mettre en œuvre pour trouver la joie de vivre et créer une humanité plus fraternelle.

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