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Avril 2007 
La liberté d’expression, un droit inaliénable ?
Auteur : Nancy Tikou-Rollier
Courrier des lecteurs

La liberté d’expression, un droit inaliénable ?

Et pourtant on la refuse à toute une tranche de la population sans la moindre culpabilité. En effet, dès le plus jeune âge, on s'évertue à diriger, à corriger, à évaluer, à intervenir dans le tracé naturel des êtres humains de notre société. Quel dommage et pour quelles raisons?

Pourquoi doit-on à tout prix s'immiscer dans ce que l'enfant a de plus précieux, de plus intime: la trace qu'il laisse sur une feuille. Pourquoi veut-on que cette trace soit sujette à des ajouts, des améliorations, des destinations autres que pour l'auteur lui-même?

Pourquoi doit-on détourner l'enfant de sa nécessité profonde en lui imposant sans cesse des thèmes à interpréter qu'il n'est pas à même d'assumer? On le met ainsi devant un échec programmé qui l'empêche de croire en ses propres figures. On lui fait croire que le dessin est autre chose que ce qu'il est: une manifestation authentique de l'humain dans son essence même.

Si l'on y réfléchit, cela ne sert à rien d'utiliser le dessin à toutes les sauces, dans toutes les matières: que ce soit le français, le calcul, la géographie ou n'importe quel cours, il faut que l'enfant fasse un dessin pour illustrer, pour décorer, pour enjoliver n'importe quoi et à tout moment. Ne peut-on envisager une autre manière d'agir? Il faudrait y penser très sérieusement, parce que l'on saccage sans même y prendre garde une fonction essentielle.

On s'inquiète des espèces menacées, des forêts qui disparaissent, du réchauffement de la planète et quantité d'autres préoccupations, mais on ne voit pas sous nos yeux ce qu'il faut sauver à tout prix: la liberté d'expression des enfants, sans entraves, sans interventions de la part de l'adulte.

Si l'on prive la personne de sa propre expression, que lui reste-t-il? Elle n'a que la violence ou la drogue pour manifester sa colère ou son découragement d'être ainsi privée de ce qui pourrait faire sa force et sa fierté, de ce qui est, en définitive, son identité originelle.

On lui vole son enfance, on l'oblige à se plier à des schémas et à des modèles dont elle n'a rien à faire. Qu'on la laisse agir dans ce domaine, elle saura le faire, à son rythme, à son l'échelle, selon la dictée de son organisme, selon la conception qu'elle a du monde et de son monde intérieur, c'est tout ce qu'elle désire. Et pour le reste, elle ne demande qu'à apprendre toutes les autres disciplines intellectuelles et manuelles. Mais, de grâce, pitié pour sa liberté d'expression !

Nancy Tikou-Rollier
praticienne d'éducation créative, Genève

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