Logo Journal L'Essor
2017 2016 2015 2014 2013 2012 2011 2010
2009 2008 2007 2006 et nos 100 ans d'archives !
Rechercher un seul mot dans les articles :
Index de l'annéeindex de ce numéro Article suivant Numéro suivant
Numéro précédent Article précédent

Décembre 2006 
Apprendre à analyser
Auteur : Christiane Bonder

La société chaotique dans laquelle nous évoluons tant bien que mal, avec ce qu’elle comporte de violence et de dépravation, de conditionnement, d’incertitude quant à l’avenir, déboussole profondément les jeunes. Pour tromper leur désarroi, beaucoup se noient dans des loisirs absurdes, portes de secours pour occulter la réalité, ne plus penser. De leur côté, les parents constatent avec effroi l’état d’un monde qu’ils ont aveuglément malmené, détruit et dont la responsabilité leur incombe. Si la société actuelle est un tel désastre, ces mêmes parents, sciemment ou pas, ont bien voulu qu’il en soit ainsi. Ils ont laissé faire. Les aînés qui, par leur grand âge et leur expérience, cultivent un reste de sagesse, ressentent des signes et des vibrations qui trahissent de manière étrange certains climats d’avant-guerre. Ils sont alarmés, dépassés; leur langage ne correspond plus à celui de leurs petits-enfants.

Que faire face aux influences qui poussent notre jeunesse à se perdre dans le superficiel, à consommer, acquérir, reproduire le look et les mœurs de la dernière star à la mode? Que faire pour que cette jeunesse reprenne goût à l’apprentissage et aux études, pour qu’elle évite de tomber dans les pièges sournois d’internet, du portable, des jeux vidéo? Ces outils sont peut-être des moyens appréciables pour des adultes responsables, mais ils deviennent destructeurs chez des jeunes à la recherche de sensations fortes et prêts à tout pour épater les copains. Combien sont-ils donc ces adolescents noyés dans les nouvelles technologies, mais incapables d’un quelconque discernement dans la vie courante?

C'est l'enfant lui-même qui doit s'éduquer, s'élever avec le concours des adultes. Nous déplaçons l'acte éducatif : le centre de l'école n'est plus le maître mais l'enfant. Célestin Freinet

Dernièrement, j’ai eu la chance de voir en version intégrale (12h) cet étonnant film tiré de l’œuvre de Tolkien: «Le Seigneur des Anneaux», film qui a par ailleurs beaucoup plu aux jeunes. Mais ceux-ci ont-ils capté les messages que ce film véhicule et, si tel est le cas, sont-ils capables de faire des analogies avec le monde actuel? Une évidence m’est apparue. Les programmes scolaires que l’on modifie sans cesse, ajoutant un principe ici, retranchant une règle là, ne donnent toujours pas satisfaction. De modifications en remaniements, jamais on ne va à la base du problème. Les jeunes ont un urgent besoin d’apprendre à analyser. Beaucoup sont inaptes à comprendre un texte très simple. Pourquoi ne pas introduire dans les programmes scolaires de mini-cours de philosophie et les compléter d’année en année? «Le Seigneur des anneaux» est un merveilleux sujet de réflexion puisqu’il met en évidence les forces du bien et du mal, le pacifisme et la violence destructrice, l’égoïsme, le pouvoir, l’amitié, l’entraide, le respect, l’amour (le vrai), etc. Une forêt dont les arbres parlent, se mobilisent pour soutenir les forces du bien contre des tyrans «qui n’ont que des rouages et des boulons dans la tête»: «ils nous oublient» disent les arbres…» Un magicien nous invite à un peu de sagesse par les réflexions sensées qu’il distribue ici et là avec humour et sensibilité.

Il faut mettre en relation les différents thèmes que ce film propose avec notre mode de vie actuelle, en posant aux élèves les bonnes questions. Comment auriez-vous réagi dans ce cas précis? Retrouve-t-on de semblables exemples dans notre société? Comment déceler les leurres, les illusions? Pensez-vous que l’argent et le pouvoir soient les seuls buts à atteindre? Où et comment trouver la source d’un équilibre, du bien-être? La guerre est-elle une solution?

Des jeunes sachant analyser, décortiquer un problème, y apporter la réponse la plus sage et la plus adéquate, des jeunes lucides et bien formés seraient un souffle nouveau pour une société qui se laisse conditionner, rabaisser par de grands manipulateurs avides de prestige, d’argent et de pouvoir. Et qui sait si cette jeunesse soulevée par un vent vivifiant n’aurait pas la force de résoudre peu à peu l’état de chaos dans lequel nous nous embourbons sans réagir? Il est important de réhabiliter la jeunesse et de lui faire comprendre qu’elle est bien l’avenir du monde, un monde qui a besoin d’humanité.

Espace réservé : Rédaction
© Journal L'Essor 1905-2017   |   Reproduction autorisée avec mention de la source et annonce à la Rédaction  |       Corrections ?