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Août 2006    [67]
Le Billet
Auteur : d’Henri Jaccottet

L’autre matin à la radio romande, disant que l’engouement pour le sport est un signe de fin de civilisation, Jacques Neirynck (à qui je tire mon chapeau pour une fois) m’a donné à réfléchir sur le sujet car l’exemple qu’il donnait à l’appui de sa thèse était de taille: lorsqu’en 1453 les Turcs prirent Constantinople, leur tâche fut grandement facilitée car il n’y avait, à l’heure de leur assaut, pas un seul garde sur les murs de la ville, tout Constantinople étant au spectacle des jeux de gladiateurs et autres…

Qu’en est-il à notre époque? Ayant vécu à l’ère des régimes totalitaires, les citoyens européens qui avaient survécu aux «guerres totales» ont, dans les années cinquante, sombré dans un individualisme outrancier et de plus en plus égoïste. Exemples:

· En matière de sport (on y revient), de distraction qu’il était, le sport s’est dénaturé en s’adjoignant des disciplines nouvelles, celles de la haute compétition, qui fascinent à ce point tout un chacun qu’elles suscitent les rares occasions qu’a notre époque d’enthousiasmer les foules. Malheureusement, le prix à payer est davantage que cher: les «dieux du stade» sont en fait des esclaves, ne serait-ce que de leur réputation, et le dopage reste le seul moyen à leur disposition pour gagner les quelques centimètres ou secondes qui leur donnent le titre convoité.

· En politique, cela ne va pas mieux. Le sens civique, c’est de nos jours bien fini! La règle, c’est celle du «chacun pour soi», de l’économiereine- de-tout. Le néolibéralisme est né qui a torpillé l’autorité des Etats souverains, et il n’y a pas d’autorité supranationale. A la place d’une meilleure répartition des richesses et d’une école qui ne viennent pas, les pauvres, dans ce monde, n’ont d’autre alternative que la violence avec son bras armé, le terrorisme. Les nantis de ce même monde n’ont pas trouvé d’autres réponses que la répression et, comme les enchères montent, le Liban est détruit. Qui dit mieux?

· Et l’écologie? Là, c’est le désastre au présent et au futur. Je n’y reviens que pour vous faire part de ce que j’ai réalisé depuis peu, à savoir que ceux de mes très proches amis qui sont croyants – et pour qui Dieu a pouvoir sur tout, y compris le temps qu’il fait – ces amis donc ont des réticences bien compréhensibles à admettre l’effet de serre qui a pour eux comme un relent d’un matérialisme que leur foi ne peut tolérer. Alors? Alors, rien!

Conclusion: en ce début de 21e siècle, il ne suffit pas d’être «Terrien», comme dit Edgar Morin, mais il faut de plus être engagé dans une chose politique, à quelque niveau que ce soit, et défendre la veuve et l’orphelin.

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