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Août 2019
Le naufrage. Où sont les signes d’espérance?
Auteur : Pierre Aguet

Que se passe-t-il en cette triste année 1979? Un renversement phénoménal avec l’arrivée au pouvoir de Mme Thatcher et MM. Reagan et Khomeiny. Le conservatisme se déclare révolutionnaire et par réaction, le progressisme et la gauche se battent pour conserver les acquis des Trente Glorieuses. Mettons-nous d’accord: c’est bien un progrès de mieux répartir les chances et la richesse, de viser l’égalité hommes-femmes, d’être un peu plus solidaires, de ne laisser personne au bord du chemin?

Or depuis 1979, le progrès c’est de laisser chacun se débrouiller le mieux possible, c’est tirer son chapeau à tous ceux qui ont réussi, même si cela s’est fait par des moyens frauduleux. Ils n’ont pas été pris, ils méritent notre respect. Dès lors que les puissants se permettent une fraude fiscale massive, des abus jamais réprimés, voire des crimes, le petit peuple n’a aucune raison de ne pas faire de même. L’exemple vient toujours d’en haut. La civilisation pourrit.

Dans Le naufrage des civilisations, Amin Maalouf rappelle avec émotion ce qu’était «son Levant», c’est-à-dire les pays du Proche Orient, au début du 20e siècle, là où il a passé sa jeunesse. L’Egypte et Le Liban étaient un paradis. Toutes les cultures, toutes les religions, toutes les langues s’y côtoyaient joyeusement et vivaient une civilisation remarquable, généreuse, inventive et heureuse. J’ajoute qu’en Europe, sans traité de libre circulation des personnes, chacun pouvait s’installer dans n’importe quel pays. Il n’avait besoin que de gagner sa vie sans faire appel aux service sociaux. Ils n’existaient d’ailleurs pas encore.

Le racisme et l’exclusion ont progressé – dans tous les pays du monde – avec la montée du nazisme. Les deux boucheries, de 1914 à 1918 et de 1939 à 1945, nous ont fait oublier cette période bénie. Parce qu’il fallait tout reconstruire, s’y sont ajoutées les Trente Glorieuses de 1950 à la fin des années 70. Très positives.

Le premier naufrage est venu du nazisme xénophobe encouragé par toutes les chancelleries occidentales qui comptaient sur Monsieur Hitler pour détruire le très jeune et liberticide empire soviétique. Après les guerres, il y a eu la création de l’Etat d’Israël. Un quart de l’humanité l’appelle «la catastrophe». En 1967 la guerre des six jours a cassé l’immense espérance des peuples arabes née de l’arrivée au pouvoir de Nasser. S’y ajoute le besoin permanent des USA de s’assurer l’accès à tous les puits de pétrole du monde en particulier ceux du Proche-Orient par des guerres et des blocus incessants. Ils font de même au Niger et au Vénézuela.

Mais il y a surtout la déviance des démocraties dont les journaux appartiennent à des marchands de canons ou à des groupes financiers puissants. Les présidents des Etats dits démocratiques ne sont élus que pour autant que des milliards soient mis à leur disposition. La loi du marché a remplacé le Dieu des anciennes civilisations. Elle crée une guerre incessante entre les entreprises, et à l’intérieur de ces entreprises. La glorification de l’égoïsme tient lieu de boussole. Les conceptions identitaires de la nation et de la religion fragilisent les espoirs de paix entre les peuples. Elles visent à anéantir tout ce que l’humanité a construit de solide et de prometteur.

J’ai fait allusion, plus haut, au livre d’Amin Maalouf et à sa description du Levant au début du 20e siècle, un paradis. Il affirme aussi qu’aujourd’hui, cette région du monde est en ruine et il pose la question du naufrage que nous préparons à nos enfants et petits-enfants. Je pose la question. Où sont les signes d’espérance? Même les pays scandinaves sociaux-démocrates qui sortent systématiquement en tête de toutes les comparaisons internationales se laissent entraîner par cette mouvance identitaire et frileuse. Je répète. Où sont les signes d’espérance?

Pierre Aguet

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