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Juin 2018    [18]
Au lieu de déprimer, exprimons-nous!
Auteur : Georges Tafelmacher

Je suis scandalisé par cette insistance quasi journalière ourdie par la caste dirigeante politique et économique pour nous persuader d’accepter et d’adhérer à la numérisation de la société sans voir la violence que cela génère ni et le totalitarisme que cela engendre. Alors qu’elle nous assure que cette numérisation pourrait résoudre la violence, vaincre le totalitarisme et apporter joie et bonheur à tout le monde!

Je suis désespéré de constater qu’on nous jette le progrès technologique à la tête avec une force de persuasion qui dépasse nos capacités de résistance et de réflexion en ne nous laissant d’autres possibilités que celles d’adhérer à cette fuite en avant programmée, de l’accepter car inéluctable, de s’y adapter et d’en faire son programme universel.

J’ai envie de dénoncer ces «faiseurs d’opinion» qui nous abreuvent de leurs démonstrations impératives visant notre avenir où les soi-disant technologies du virtuel auraient les pleins pouvoirs pour nous transformer et bouleverser radicalement notre société et cela avec l’appui d’une innovation ayant perdu toute notion de «bien» social. Quotidiennement, on tente de nous persuader du fait que le numérique transformera l’homme pour en faire un être nouveau, qu’il nous augmentera, qu’il nous dotera d’une nouvelle puissance, d’une vie virtuelle intellectuellement surpassée, et qu’avec l’intelligence artificielle, ce serait la révolution des pratiques et du corps social. Et cela sans se demander quelles en seront ses conséquences négatives sur nous tous, sur l’organisation sociale, où sa loi – «se réorganiser ou disparaître» – , serait inflexible, incontournable et absolue. De plus en plus grave, pour nous persuader que cette supposée évolution est positive, ces «faiseurs d’opinion» ne comptent plus leurs efforts et sont prêts à dépenser des sommes d’argent faramineuses qui pourraient être mieux utilisées pour faire de notre société une construction réellement humaine, citoyenne, coopérative, participative, solidaire, pacifique avec la psychologie et l’empathie comme guide.

La révolution numérique était en train de bâtir brique par brique le rêve millénaire de toutes les dictatures – des citoyens sans vie privée, qui renonçaient d’eux-mêmes à leur liberté…
– Bernard Minier

Bref, ils veulent transformer l’homme, le renouveler lui et sa nature profonde, ils veulent que nous changions de dimension avec l’intelligence artificielle, ses implants, ses capteurs, sa capacité de calcul et, par des procédés pour le moins douteux, ils veulent augmenter nos capacités internes et externes et tout cela, en nous faisant croire que les conséquences de cette obsession nous seraient bénéfiques alors que les problèmes de société, fruits de cette évolution technologique, dépassent de loin toutes nos craintes et on peut voir jour après jour dans les décharges augmentées de nos arrière-cours, les effets dilatoires de ces procédés.

Comme preuve finale, je laisse le mot de la fin à un «digital shaper» (sic!) – «Un virage historique vient d’être pris, il aura des conséquences encore difficilement imaginables». Mais en regardant de plus près autour de soi, nous pouvons faire le constat que ces conséquences seront terribles pour les gens communs et ordinaires finalement largués du processus même de la vie, aliénés de leur vécu propre et de leurs propres identités et soumis au pouvoir de ces quelques-uns qui se croient maîtres de la vie, de notre société et de nous tous. Et de quel droit font-ils tout cela sinon celui de leurs propres intérêts et avantages personnels car, que nous le voulions ou pas, tout ce «renouveau» ressemble terriblement aux tentatives totalitaires du siècle passé qui voulaient «améliorer» l’homme et faire de nous, les supposés «sous-hommes», des «hommes nouveaux».

Que chacun cherche en lui-même ses possibilités de bien faire, que chacun se façonne comme il l’entend et qu’on laisse la société avancer comme elle le peut grâce aux efforts de chacun dans un élan de bonne volonté et de solidarité, en prenant en compte ce que nous sommes réellement et en agissant en respectant son prochain sans le pousser dans les affres de la déconnexion mentale et psychique… alors que la réalité virtuelle nous promettrait la connexion universelle et une vie augmentée comme si la vie telle que nous la connaissons serait à proscrire, à rejeter ou à changer impérativement!

À part cela, l’autre jour, j’ai dû consoler une jeune femme en larmes qui a été contrôlée dans une gare et qui venait de recevoir son ordonnance pénale, soit 30 jours de prison et des frais de justice de 600 francs. Et quel a été son «crime»? Ben, que ses papiers provisoires déposés à Berne ne semblaient pas en ordre ni pour la police ni pour le juge et que elle aurait fait, crime monstrueux, des ménages pour pouvoir subvenir à ses modestes besoins. La loi est ainsi faite que nous devenons des criminels juste parce qu’on n’aurait pas de papiers et que l’on voudrait ou devrait travailler quand même.

Dure loi peut-être, mais là… il y a motif pour s’indigner.

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