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Février 2016 
Lettre ouverte au NOMES
Auteur : Fritz Tüller
Page des lecteurs

Au «Nouveau mouvement européen suisse»
Madame Caroline Iberg, secrétaire générale adjointe.

Votre lettre, dont je vous remercie, me donne l’occasion de vous faire part de mon sentiment et de mes interrogations dans la question des rapports Suisse-Union européenne. Même perplexité avec le Parti socialiste dont je suis membre, formation qui ne donne pas l’impression d’avoir pris la mesure de la mutation de l’UE.

Image plume et encrier
Illustration: Auteur inconnu. Votre image ?

On s’en doutait, mais l’Union européenne a montré son vrai visage dans le traitement qu’elle a réservé – et réserve toujours – à la Grèce, pour ne citer que cet exemple. Un visage hideux, repoussant, d’une entité ou machine de guerre ultralibérale, entièrement inféodée à tout ce que nous détestons profondément, le capitalisme financier spéculatif qui gouverne le monde, la grande industrie agro-alimentaire qui étouffe l’agriculture paysanne de proximité, les sociétés multinationales en passe de s’emparer du pouvoir – avec la complicité de nos gouvernements – et de mettre au rancart les Etats et nos démocraties déjà bien malmenées, donnant dans l’autoritarisme, méconnaissables, etc.

Et à l’image de «mon» parti, vous parlez sans ciller de «poursuivre l’intégration européenne de la Suisse», de ‘garantir’ ou de ‘période cruciale pour’ «l’avenir européen de notre pays». Quand vous dites «européen», il s’agit bien entendu de l’Union du même nom.

Là, je vous avoue franchement que je ne suis pas. Bien avant que l’UE ait tombé le masque, j’avais changé d’avis et me disais que c’était une chance qu’on ne fasse pas partie de cette machine à libéraliser en rond. D’autant plus quand on voit l’Islande qui a renoncé définitivement à son adhésion, nos voisins autrichiens et le lancement de leur initiative en faveur du retrait de leur pays, les Grecs qui la quitteront dans la douleur ou qui, comme Sisyphe, s’échineront jusqu’à la fin des temps à rembourser leurs dettes illégitimes sans cesse renouvelées, exponentielles, bientôt suivis par leurs frères de souffrance méditerranéens, portugais, espagnols, italiens, français… Et je vois mal notre Suisse ultra ultra libérale adhérer en vue d’amener les Vingt-huit à changer de cap; je suis du reste surpris que la droite libérale qui nous gouverne (UBS et CS en tête) ne s’empresse pas de réclamer l’adhésion de la Suisse.

Non, la formule UE voulue par les Etats-Unis, composée de vassaux – et fiers de l’être à ce qu’il me semble – de ces mêmes EUA, est obsolète, comme disent les libéraux. Pas d’avenir (no future), le bonheur factice pour une minorité de nantis et guerre, misère, asservissement, horizon bouché pour tous les autres.

Je soutiendrai désormais plutôt les partisans d’une autre Europe, de cette Europe des peuples et des régions chère à Denis de Rougemont, de préférence aux Etats nationaux qui sont eux aussi un modèle périmé, d’une Europe fédéraliste allant de l’Atlantique à l’Oural, tournée vers la paix, le progrès et la prospérité.

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