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Décembre 2015 
Il n’y aura plus de ciel bleu
Auteur : Maeva Raymond, Bernard Walter

Dans le cadre de ce numéro, La vision d’avenir des jeunes, j’ai interrogé trois jeunes adultes, toutes trois personnes concernées par une bonne marche du monde et qui réfléchissent à ce qui se passe et à ce qu’ils sont. Je suis donc parti de la question «Comment je vis le monde aujourd’hui?» pour aller à «Comment sera le monde dans vingt ans?», et enfin à «Comment je voudrais que soit ce monde?».
Bernard Walter

Comment est ma vie? Eh bien j’en suis contente ainsi que des gens qui m’entourent. Après, il semble que le monde ne va pas très bien pour beaucoup de gens. Il y a trop d’individualisme, d’égoïsme, c’est un peu chacun pour soi, il n’y a pas beaucoup d’entraide, et c’est un peu triste.

Mais il y a aussi l’organisation générale de la société, la politique…

Oui bien sûr. Mais il faut commencer par agir à notre niveau, et ça, on ne le fait pas assez.

Et puis à la Vallée… on vit bien?

Ah oui, ici, on est un peu préservé de tout ça. Ici, nous avons encore de bonnes valeurs. En ville, c’est déjà autre chose, c’est un autre rythme, ici on dit bonjour à tout le monde, en ville on ne se parle pas. Cela m’avait choqué à Paris, dans les bus personne ne parlait.

Et puis la suite de ta vie… je t’avais parlé de comment ça serait dans vingt ans, et tu m’avais dit que tu ne savais pas si tu serais encore vivante!

Ah oui c’est vrai! Alors j’étais bien triste ce jour-là!

Il faut dire qu’avec tous ces cancers… et puis ce qui fait un peu peur, c’est notre monde à nous, le réchauffement climatique, les catastrophes naturelles toujours plus constantes, les maladies, les épidémies, et maintenant tous ces réfugiés, c’est terrible! Et puis au travail: la folie humaine, il faut toujours plus de productivité, c’est beaucoup moins humain, les dépressions, les burnout. Même en Suisse, les gens sont maltraités.

Et si on continue comme ça, ça donne quoi?

Soit on sera de plus en plus calibrés comme des robots, soit ça va péter et puis je ne sais pas… Bon peut-être aussi qu’on s’écoute trop? Mais c’est vrai que dans le monde, beaucoup ont une vie impossible.

Aussi, appelons-nous toujours à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. A ceux et celles qui feront le XXIe siècle, nous disons avec notre affection: créer c’est résister, résister c’est créer.
Stéphane Hessel (Indignez-vous!)

Alors il faudrait changer? Ou bien on laisse aller les choses?

Il faudrait changer, je pense.

Changer le monde, mais comment?

Il faudrait retourner en arrière, être moins dans cette folie. Il faudrait plus d’égalité. Que le monde prenne conscience. Une conscience planétaire, universelle! Que les riches soient un moment à la place des pauvres, pour qu’ils voient comment c’est.

Il faudrait plus d’altruisme, de la bienveillance. J’ai été très choquée par le film de Fernand Melgar sur les réfugiés à Vallorbe, je ne pensais pas que des choses comme ça étaient possibles chez nous. J’avais envie vraiment de faire quelque chose, d’aider, et maintenant, chaque fois que je vais à Lausanne je donne quelque chose à ceux qui demandent, même si c’est peu, et je ne m’occupe pas de ce qu’ils peuvent en faire, c’est donner pour donner. En ville, ces gens n’ont aucune chance. Dans les petits villages, ils pourraient aider à la ferme, les gens seraient plus solidaires. Chez nous à la Vallée, je pense qu’on ne laisserait personne sans une aide.

Alors: le monde comme tu le voudrais?

Le monde comme je le voudrais irait moins vite, il serait plus au rythme de la nature, de l’humain, des saisons, du jour, de la nuit, il serait plus tolérant, sans toute cette folie d’électricité et d’ordinateurs. Vivre de façon simple et équilibrée.

Dans les maisons, tu mettrais quoi? Ou dans les rues, pour se déplacer?

Ah bien moi, je voudrais bien revenir à la calèche… au fourneau à bois, à la lampe à pétrole. Avoir son petit jardin, son poulailler, le boucher au village.

Ca serait dans quelles années, tout ça?

Oui, c’est ça. Ce que je dis, ça va dans le sens de la décroissance.

Alors concrètement, comment vivre?

Il faut se nourrir de produits locaux, trier ses déchets, innover dans les petites choses, éviter le gaspillage, il y a sûrement mille façons de faire autrement. Et puis inculquer à nos enfants d’autres valeurs.

Et alors dans vingt ans, le monde sera comment?

Il n’y aura peut-être plus de ciel bleu, le ciel sera tout gris, les gens seront comme des robots, ça ne sera pas beau, les villes seront surplombées de noir, de nuages… Il n’y aura qu’à la Vallée de Joux que le ciel sera bleu, la nature fleurira comme aujourd’hui… (rires).

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