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Octobre 2015 
Neuchâtel, cité interculturelle européenne

Depuis longtemps, Neuchâtel est associée à une certaine idée d’ouverture vis-à-vis de l’étranger. C’est dans cette tradition qu’elle s’inscrit aujourd’hui en participant au programme des cités interculturelles sous l’égide du Conseil de l’Europe. C’est autour de ce concept, qui valorise la migration et la diversité, qu’elle construit son programme politique en matière d’intégration et de citoyenneté.

Citoyenneté au pluriel

Dès 1850, au lendemain de la révolution neuchâteloise, la jeune république accorde aux étrangers le droit de vote au niveau communal. Aujourd’hui, les étrangers établis à Neuchâtel depuis 5 ans peuvent également voter lors des scrutins cantonaux, ce qui leur permet de participer à l’élection de leurs représentants au sein du Conseil des Etats. L’expérience de la participation démocratique au niveau local demeure un puissant moteur d’intégration, jouant un rôle clé dans le renforcement d’une identité collective.

Selon les pays et régions, le concept d’intégration se définit classiquement entre deux pôles: l’assimilation et le multiculturalisme. Les tenants de la première tendance considèrent que le migrant doit faire corps avec sa société d’adoption jusqu’à rendre sa culture d’origine invisible, ou tout du moins reléguée à la sphère privée. Une société multiculturelle reconnaît au contraire le droit à ses différentes minorités de coexister et d’être représentées dans la vie publique.

Une troisième voie se dessine depuis quelques années, expérimentée par plusieurs grandes villes européennes et mise en avant par le Conseil de l’Europe: celui de la cité interculturelle. Ce concept met l’accent sur la mixité culturelle et l’interaction dans l’espace public, et sur une vision positive de la diversité tant dans les discours politiques et médiatiques que dans la majorité de la population.

C’est cette approche qui a été choisie par la Ville de Neuchâtel pour orienter les décisions relatives à l’intégration dans son programme politique pour la législature 2014-2017. L’intégration ne se limite pas aux personnes issues de la migration; elle se veut également sociale et intergénérationnelle, au sein d’un axe stratégique du programme consacré à la cohésion et à la citoyenneté. Il s’y ajoute la liberté des expressions religieuses, cadrée par un Etat laïc, garantissant la paix confessionnelle et l’ordre public. L’intégration n’est en effet pas un but en soi, mais constitue une étape vers la construction d’une société solidaire, favorisant la cohésion sociale. En prenant comme devise Art de vivre et innovation, le Conseil communal place ainsi le Vivre ensemble au cœur de ses priorités.

Accueil des nouveaux arrivants

L’un des objectifs clés de ce programme vise à informer et orienter aux mieux les personnes allophones, et cela dès leurs premiers pas à Neuchâtel. L’accueil des nouveaux arrivants invite chacun à découvrir son lieu de vie, par une présentation des loisirs et manifestations d’une part, et par la présence de stands thématiques de l’autre (scolarité, santé, action sociale, etc.). S’y ajoute la possibilité d’entretiens individuels et de conseils. Grâce à un partenariat avec le Service cantonal de la cohésion multiculturelle, les discours de bienvenue se font dans de nombreuses langues différentes; un service de traduction et d’interprètes permet en outre un contact plus fluide et rapide avec les personnes allophones.

Animation socioculturelle et travail social de proximité

Une politique d’intégration efficace passe par la création d’un contact de confiance et durable entre les autorités, l’administration et la population, notamment avec la jeunesse. Dans ce but s’est constitué un dispositif de travail social hors murs, mobilisant des professionnels de l’animation socioculturelle qui interviennent en premier lieu dans les structures publiques, telles que les préaux d’école ou les places de sports. Ces personnes offrent une écoute, peuvent rendre compte de potentielles situations de conflits, voire participer à un travail de médiation le cas échéant.

Ces structures publiques constituent des nœuds importants dans le maillage de la politique d’intégration neuchâteloise. Ces places réparties équitablement sur le territoire servent en effet de points d’ancrage à différentes actions visant à aller à la rencontre de la population, et encourageant une mixité culturelle et générationnelle.

Soutien à la vie associative

En parallèle de ce programme, la Ville de Neuchâtel comporte plusieurs associations s’impliquant fortement pour une meilleure intégration des étrangers. Par l’octroi de subventions ou la mise à disposition de lieux de travail et/ou d’espace publics, la Ville s’associe souvent étroitement à leur action pour augmenter la portée de leur effet.

Citons l’association RECIF, qui propose une aide aux mères de famille allophones, notamment par des cours de langue et un soutien scolaire (voir page 8). En 2014 a été initié un projet original avec l’appui de la Ville, intitulé: «Je ne parle pas français et je vais entrer à l’école». Ce projet vise à accompagner jeunes enfants et parents allophones avant l’entrée à l’école obligatoire, afin de faciliter la transition et d’améliorer l’égalité des chances.

Pour être efficace, une politique d’intégration interculturelle doit toucher les personnes à toutes les étapes de leur vie, sans dessiner de barrières artificielles. Le concept de cité interculturelle est à ce titre un modèle porteur, permettant de construire une communauté solidaire et fière de sa diversité.

Thomas Facchinetti
conseiller communal directeur de la Culture et de l’Intégration

Fabrice de Montmollin
chargé de projets au Service de l’Intégration

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