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Décembre 2014 °
Lire, c'est boire et manger…
Auteur : Christiane Bonder

La tendance globalisante de notre société atteint peu à peu tous les domaines et n'épargne aucunement le monde de la presse écrite. Les ouvertures dont jouissait auparavant le lecteur en conservant une certaine liberté de choix ont été supprimées, regroupées pour faire place à un aspect rentable et rationnel de la publication. Ainsi en est-il de nombreux quotidiens qui abordent de manière approximative un peu tous les sujets: la politique et les différentes situations qui prévalent à l'étranger, le sport et la mode en rose de l'été, la météo et la recette culinaire du jour, etc.

Or, seuls les journaux à grand tirage ont les moyens de traiter une telle quantité de thèmes en faisant appel à de nombreux journalistes et correspondants. Quant aux journaux indépendants souvent soutenus par une subvention, ils doivent fermer boutique si cette aide leur est supprimée ou procéder à l'image des supermarchés qui se font concurrence en affichant «l'offre de la semaine» à la une de leur journal: «½ prix sur la botte de carottes nouvelles». Autrement dit, il est nécessaire de mettre la carotte au bout du bâton afin de séduire et fidéliser le client si l'on veut survivre. Pour un rédacteur en chef, c'est à une véritable gageure qu'il s'attelle afin que paraisse chaque semaine un journal intéressant susceptible de se vendre et de remplir son devoir de lien social entre les habitants des communes avoisinantes.

Le plaisir de rencontrer l'ami Dutoit ou le postier qui finit sa tournée, d'échanger quelques mots à propos d'un article paru dans le dernier numéro du Courrier vaut bien que l'on s'arrête à l'Auberge communale pour en débattre autour d'un verre de blanc. Si l'on en venait à supprimer ce type de publication, c'est à une société encore plus individualiste que nous aurions affaire puisque d'un clic sur Internet ou d'un doigt sur le bouton de la télé les rares petits moments consacrés aux liens familiaux seraient également mis à mal.

Le principe de la liberté de la presse n'est pas moins essentiel, pas moins sacré que le principe du suffrage universel. Ce sont les deux côtés du même fait. Ces deux principes s'appellent et se complètent réciproquement. La liberté de la presse à côté du suffrage universel, c'est la pensée de tous éclairant le gouvernement de tous.

Victor Hugo

(discours prononcé le lundi 11 septembre 1848)

Sommes-nous prêts, nous aussi, à suivre cette vague stupide et infantile qui caractérise bon nombre de citoyens totalement esclaves des nouveaux gadgets technologiques mais incapables de décortiquer un article dans le journal? Lorsqu'une personne est plongée dans le monde virtuel et que la réalité soudain lui fait face, elle se retrouve dans un état de totale confusion. Soyons encore attentifs aux dangers de la pensée unique qui nous guette, prête à se loger et à se développer dans le moindre interstice vacant d'un cerveau atrophié.

« Lire, c'est boire et manger. L'esprit qui ne lit pas maigrit comme le corps qui ne mange pas » disait Victor Hugo.

Lire, mais pas n'importe quel canard. Essayons au moins de faire quelques efforts, de nous poser les bonnes questions et de nous forger une opinion personnelle, ceci dans le but d'épargner à notre société de tomber définitivement dans le superficiel ou pire encore. Buvons des mots intelligents et mangeons des journaux sensés qui nous apportent de quoi réfléchir sérieusement à la société que nous sommes en train de remodeler dans de la terre un peu trop friable.

Hommage à Charlie Hebdo

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