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Avril 2014 
Qu’allons-nous manger demain?
Auteur : Dr Herbert Samuel Bonstein

Le génie génétique a pris une place importante dans la recherche biomédicale pour le diagnostic et le traitement des maladies. Presque sans exception, le public considère que c’est là une avancée majeure.

En revanche le génie génétique dans le domaine de la recherche sur les plantes et leur culture est fortement contesté dans toute l’Europe. Il est vrai que les agissements de certaines multinationales mues par l’appât du gain en ont donné une image détestable, ce qui a permis aux mouvements écologistes de lancer, à juste titre apparemment, des campagnes anti-OGM. Malheureusement ces campagnes manquent souvent de nuances. Elles n’en ont pas moins eu un écho favorable dans la population d’autant qu’actuellement tout ce qui touche à la Nature est très excessivement usé et exploité par l’industrie, alimentaire principalement.

Cette réaction négative mérite qu’on réexamine la question. Je me fonderai pour cela sur le rapport 2013 des quatre Académies suisses des sciences (sciences naturelles, sciences humaines et sociales, médicales et techniques), organismes peu susceptibles d’être à la solde de l’industrie. Dès 2005 le Programme national de recherche PNR59 a été lancé dont l’objectif était d’étudier les avantages et les risques des cultures génétiquement modifiées. Cette étude de grande ampleur a conclu que la sélection par génie génétique ne présente pas plus de risque pour les êtres humains et leur environnement que la sélection conventionnelle, et que la coexistence de plantes conventionnelles et de plantes génétiquement modifiées est possible en Suisse.

Le refus des OGM représente en fait un combat d’arrière-garde. En 1996, six pays se livraient à leur culture. Ils sont actuellement 29, dont les Etats-Unis, la Chine, le Brésil, l’Inde, l’Argentine, le Canada, l’Afrique du sud, l’Australie et le Mexique. Les cultures concernent surtout le soja, le maïs, le coton et le colza, de même que la tomate, la courge, la luzerne, le blé et la betterave sucrière. Soixante pays autorisent actuellement l’importation des OGM. Il apparaît même que les semences conventionnelles se faisant plus rares, leur prix d’importation augmente notablement. Beaucoup de semences OGM permettent un rendement nettement supérieur. On doit alors tenir compte du risque d’appauvrissement des sols et agir en conséquence. Quels sont les avantages apportés par les OGM? Prenons quelques exemples:

Le développement de nombreuses plantes est freiné par les mauvaises herbes mais celles-ci ne supportent pas des herbicides même peu nocifs à l’environnement, (glyphosphate). En les rendant tolérantes à cet herbicide, on augmente notablement le rendement, jusqu’à 40% pour la betterave sucrière et le colza. L’éradication des mauvaises herbes permet encore de réduire les travaux de labour avec pour conséquence moins d’émission de CO2.

La pyrale du maïs faisait d’énormes dégâts aux Etats-Unis jusqu’à ce qu’on introduise dans le maïs les gênes d’une bactérie, Bacillus Thuringensis, porteurs d’une toxine pour la pyrale. Cela a permis des recettes supplémentaires de 26 milliards de dollars entre 1996 et 2009. D’autres légumes, pomme de terre, poivrons, haricots, ont aussitôt bénéficié de la réduction du ravageur.

Les espèces sauvages contiennent souvent des gênes assurant une résistance aux maladies, qualité qu’ont perdu les espèces cultivées. En identifiant ces gènes, on peut les transférer utilement aux variétés cultivées.

Ce genre de gène peut se trouver dans une autre espèce; ainsi un gène tiré de l’orge a pu rendre la pomme Gala résistante à la tavelure due à un champignon, ce qui réduit sensiblement l’usage des produits phytosanitaires.

On met au point aux Etats-Unis des maïs résistant à la sécheresse et des variétés de soja enrichis en oméga 3.

Ces transferts peuvent avoir des conséquences inattendues: en introduisant le gène de la résistance au mildiou à la pomme de terre, on a changé son goût et sa qualité à la cuisson.

Les études menées jusqu’ici n’ont pas révélé les dangers dus aux OGM que l’on avait décrits: contamination des espèces naturelles, apparition de substances toxiques, mort des insectes utiles, allergies. On a pu conclure que la sélection par génie génétique n’est pas plus dangereuse pour l’homme que la sélection conventionnelle. Cependant il n’y a pas de miracle, le génie génétique n’empêche pas l’apparition occasionnelle de résistance des ravageurs aux produits phytosanitaires.

Malheureusement la création et la commercialisation des semences OGM sont l’apanage d’une dizaine de multinationales dont le but est avant tout le profit et qui, fortes de leurs brevets, imposent parfois des produits discutables. Cette monopolisation est renforcée par le fait que l’autorisation de l’usage des OGM exige des tests particulièrement coûteux qui ne sont pas à la portée de tous. Il y a donc lieu d’encourager la recherche dans les institutions publiques telles nos hautes écoles qui étudient la production de semences utiles au tiers-monde: tel manioc, blé, pommes résistant aux maladies ou riz enrichi en vitamine A. Un soutien accru à la recherche publique peut réduire la dépendance des milieux agricoles aux consortiums multinationaux et mettre dans le commerce des produits efficaces et adaptés aux besoins.

En Suisse les dispositions légales sont particulièrement exigeantes, rendant la recherche difficile jusqu’à décourager les chercheurs qui sont parfois même victimes de vandalisme. Il faut dire que nos politiques, soucieux de leur image dans une population où il est de bon ton de diaboliser les OGM, hésitent et tergiversent. Jusqu’à quand ?

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