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Avril 2014 
Manipulation de la survie végétale: pesticides, engrais, OGM
Auteur : Georges Tafelmacher

Les paysans souffrent à cause de la logique capitaliste appliquée à l'agriculture

Les conséquences de la logique néolibérale et de ses valeurs marchandes – la production au prix le plus bas, le profit maximal et les rendements à très court terme – entraînent la disparition des paysans en tant que producteurs indépendants et leur remplacement par des entrepreneurs industriels. En effet, pour survivre, ils doivent se conformer aux mécanismes exigés par l'idéologie néolibérale en mettant en place des pratiques qui feront disparaître la plupart d'entre eux.

Les OGM jouent un rôle prépondérant dans cette évolution car ils permettent la mécanisation de l'agriculture et son industrialisation. Ce problème est devenu mondial et maints savants prennent régulièrement la parole pour dénoncer l'imposture des OGM, véritable agression contre les paysans. Des chercheurs et responsables politiques poussent pour ouvrir toute grande la porte aux OGM sous prétexte d'autosuffisance alimentaire. Il est maintenant avéré que les OGM renforcent le modèle d'agriculture productiviste soumise à la logique industrielle, achevant d'éliminer la petite paysannerie.

Le modèle agricole, comme celui proposé par l'initiative «Une nouvelle vision de l'agriculture» du Forum économique mondial 20131, est clair: il s'agit d'ouvrir toutes grandes les portes des agricultures de tous les pays aux multinationales agroalimentaires avec, pour conséquence, des paysans chassés de leurs terres pour céder la place aux monocultures industrielles, aux agrocarburants, aux engrais et pesticides chimiques et à toute la gamme des plantes transgéniques. A aucun moment les paysans ne sont consultés; en revanche, de nombreux experts et scientifiques estiment que ce type d'agriculture est non seulement dangereux pour l'avenir de la planète, mais également dépassé et conduit à une impasse. Sous couvert de nourrir la planète, la «nouvelle vision de l'agriculture» ambitionne de fournir de nouvelles opportunités d'affaires dans ce secteur. En vantant les mérites d'une agriculture de pointe qui investit des milliards dans l'agriculture par le biais de solutions basées sur le marché, cette initiative est pilotée par l'agro-industrie mondialisé et tous les grands fabricants de semences transgéniques font pression pour imposer leurs produits partout dans le monde.

Les milieux industriels se cooptent parmi eux et se défendent comme un seul homme en accusant leurs adversaires d'être «rétrogrades» parce qu'ils défendraient une production naturelle en conformité avec le bon sens paysan, fruit d'expériences millénaires et de pratiques permettant le renouvellement des sols. Ils laisseraient entendre que nous serions des saboteurs et des démolisseurs alors que notre opposition est nécessaire pour contrer leur despotisme et les ramener à une ligne plus juste car la déstructuration de l'agriculture pour cause de mondialisation galopante nous concerne tous. Ainsi, ils imposent leur logique en laissant croire que les arguments des opposants servent à «empêcher notre pays à relever les défis de demain en empêchant le développement de certaines technologies ou de certaines compétences» (sic)... comme si ces «défis de demain» ne pouvaient être relevés que par cette marche forcée vers les OGM et que le développement ne peut être que celui des technologies ou compétences OGM!

Il faut bien que les pauvres se nourrissent pour pas cher, sans quoi le diabète, le cholestérol et le cancer générés par la malbouffe ne rempliraient pas les caisses de l’industrie pharmaceutique.
Marianne, 21 au 27 mars 2014

En cause, la mise en concurrence, à l'échelle mondiale, des agricultures locales et familiales face aux puissantes multinationales de l'agro-alimentaire basées sur la spécialisation et la monoculture (avec force engrais chimiques, pesticides et herbicides), modèle hyper-productif et hyper-destructeur de l'agriculture, jetant dans la misère les producteurs locaux et le transfert de la population agricole vers les bidonvilles, chômage, misère et immigration. Victimes de la baisse des prix pour l'écoulement de leur marchandise, les agriculteurs deviennent ensuite otages de la hausse des prix du marché international pour importer la marchandise, d'où les émeutes de la faim.

Conclusions

Manifestement, les industriels ne respectent pas l'environnement naturel et social. Etant donné le fondement mercantile de leur fonds de commerce, leur obsession atavique de gagner des parts de marché, l'instrumentalisation qu'ils font de la problématique environnementale2, nous devons les dénoncer et les mettre devant les conséquences de leurs menées en persuadant nos avocats de déposer plainte contre ces firmes pour atteinte à l'intégrité physique, morale et psychique des population et les faire payer au comptant les dégâts qu'ils nous causent. Ce n'est que face à notre désapprobation généralisée qu'ils seront rendus responsables.

Nous devons faire pression sur nos autorités pour prolonger les prescriptions de telle sorte que les dégâts observés même quinze ans après puissent être dénoncés et déférés devant les juges. Malheureusement, la loi sur le génie génétique3 a été faite pour complaire à l'industrie génétique sous le fallacieux prétexte de sauver les emplois, garantir la prospérité et être concurrentiel, laissant toute liberté à cette industrie qui, au lieu de sauver des vies, en tue par milliers, qui, au lieu de préserver l'environnement, le massacre avec une inconscience sidérante.

Nous devons obliger les industries agricoles à faire des études sérieuses basées sur le long terme et cela d'entente avec les représentants d'organisations d'agriculteurs, d'ONG et de gouvernements. Ces études doivent être inscrites dans des protocoles établis par la législation et doivent étudier les dangers de ces produits avant que les industriels les lancent sur le marché. Les entrepreneurs OGM doivent être forcés à mener ces études sous la supervision et le contrôle de scientifiques indépendants attachés à nos universités hors de leur influence dominante. L'Etat ne peut financer les cent mille études nécessaires pour prouver l'innocuité d'un nouveau produit; c'est aux industries d'étudier les conséquences à long terme d'une telle alimentation sur la santé publique et cela sous la supervision de l'Etat car les scientifiques universitaires sont là pour faire des recherches en vue de comprendre les fondamentaux de la vie et pas pour faire les études sectorielles que les industries ne veulent pas faire!

L'étiquetage des produits OGM devrait être obligatoire et la protection des semences est aussi réclamée afin que les semenciers locaux ne soient pas rachetés à tour de bras par les géants du secteur.

Il est important aussi de réhabiliter le «principe de précaution» pour empêcher les industriels d'inonder le marché de produits malsains et pour contrer la pratique actuelle où, pour faire interdire un produit, il faut que ce soit à l'Etat de prouver que ce produit induirait des effets néfastes4. Le principe de précaution, c'est l'aune à laquelle on peut mesurer l'intelligence de ce que nous faisons ici et maintenant. Même si nous n'avons aucune certitude quant à ce qui pourrait arriver demain, les probabilités de catastrophes qui menacent notre avenir devraient nous amener à une prise de conscience et à un changement salutaire de comportement. Cette conscience est finalement ce qui nous permettra de maintenir la vie sur notre Terre.

On ne veut pas la destruction de la nature par des multinationales. La biotechnologie n'est pas la solution. L'agroécologie, si!

Georges Tafelmacher, rédacteur occasionnel de l’essor,
s'est opposé à un essai OGM en plein champ dans sa commune.


  1. L'agriculture et l'alimentation ont été au cœur des discussions qui se sont tenu à Davos du 25 au 29 janvier 2013, signe de l'importance que le "World Economic forum" (WEF) accorde aux opportunités d'affaires dans ce secteur. Il vient de nommer au poste de vice-présidente et membre du Conseil de gestion de la Fondation Josette Sheeran, directrice du "Programme alimentaire mondial" (PAM) depuis 2007, laquelle a pris ses nouvelles fonctions en avril 2012, à l'expiration de son mandat au PAM.
  2. Le business «vert» = argument de vente pour nous persuader qu'ils respectent l'environnement, leur sentiment de pouvoir nourrir le monde, sauver des vies, apporter le progrès, leur enrichissement incommensurable, etc.!
  3. On en a fait un film « Le Génie helvétique »
  4. Par exemple, la polémique autour des sels d'aluminium dans les déodorants, ou des nanoparticules de titane dans les sous-vêtements.

Liens

Page OGM à Pully : www.tafel.levillage.org/politic/OGM.html
Les mythes des OGM : www.tafel.levillage.org/politic/imprimerie/OGM-mythes-Grain.html

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