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Février 2014 
Que faire en cas de catastrophe nucléaire ?
Auteur : François Iselin

Lettre à mes filles

Inquiet pour vos enfants suite à la multiplication d'incidents dans les installations nucléaire suisses et françaises, vous me demandez que faire en cas d'accident majeur. N'étant ni physicien, encore moins prévisionniste, mes conseils ont peu de poids. Je vous les donne cependant sur la base de rapports décrivant les événements de Three Miles Island, Tchernobyl et Fukushima, bien que les bilans de ces catastrophes soient loin d'être définitifs. Il faudra des décennies pour connaître précisément leurs conséquences sur la santé des personnes exposées, des générations à venir et de l'environnement.

Votre inquiétude est d'autant plus légitime que nous ne sommes pas informés des mesures à prendre en cas d'alertes. Et pour cause: je viens de passer une heure sur Internet pour trouver des consignes officielles1. Peine perdue, elles ne concernent que les populations vivant «au voisinage des installations nucléaires». Or, comme on l'a vu à Tchernobyl et Fukushima, les risques pour la population s'étendent bien au-delà des réacteurs sinistrés2.

Le lobby des centrales atomique s'est totalement discrédité en nous cachant leurs incessantes avaries, nous mentant sur la fiabilité de leurs installations et nous trompant sur la faisabilité de l'entreposage de leurs déchets. Bien que les risques de catastrophes atomiques majeures soient faibles, leur probabilité et leur gravité sont telles qu'il faut se préparer au pire. Ceci d'autant plus que les réacteurs qui nous encerclent sont vieillissants et entretenus au rabais. Il suffit de lire les témoignages des milliers d'intérimaires affectés à la maintenance des réacteurs français pour s'en convaincre3. C'est que pour réduire ses frais et épargner son personnel, EDF envoient au casse-pipe des sous-traitants qui avouent leur incompétence, leur désorganisation, leurs échecs… et les doses radioactives massives qu’ils subissent en bricolant les installations contaminées.

L'industrie nucléaire est au bord de la faillite. Tant qu'elle bradait son courant sans épargner le montant des frais de sécurisation, d'entretien et d'entreposage des déchets, l'affaire était rentable. Cependant, en France par exemple, le prix de revient du mégawattheure, officiellement inférieur à 10 euros, a atteint les 90 euros!4. C'est la raison pour laquelle cette industrie prolonge le plus longtemps possible la durée de production de ses installations quitte à risquer l'accident majeur et s'éclipser – comme Tepco à Fukushima – dès qu'il lui faudra évacuer les victimes, assister les irradiés, prévenir des réactions en chaîne et nettoyer les sites contaminés.

Le Conseil fédéral vient de décider (22 janvier 2014) d’augmenter de 20 à 50 kilomètres le périmètre pour la distribution de pastilles d’iode pour combattre les effets d’un accident nucléaire. Plus de la moitié de la population suisse est concernée.

On rassure les gens en les prenant pour des imbéciles !

Alors que faire, me demandez-vous? Dès la première alerte atomique émise par les sirènes et les médias, le premier conseil que j'ai à vous donner est de ne pas paniquer comme le feront la majorité des gens. Certes les autorités, la police et l'armée vous diront que l'accident est sous contrôle et qu'ils n'ont plus à s'inquiéter. Ils vous sommeront de rester chez vous, portes et fenêtres fermées et d'observer strictement leurs consignes.

Surtout, n'en faites rien! Ces exhortations officielles ne serviront qu'à éviter la panique, la débandade, les embouteillages et les désordres, car beaucoup voudront se tirer d'affaire en bousculant leurs semblables. Imaginez ce que serait l'évacuation de la population de Berne!

Une catastrophe nucléaire dans l'Europe sur nucléarisée et surpeuplée provoquera une crise sans précédent. Les pouvoirs publics et politiques impréparés seront dépassés, les entreprises fermeront, le tourisme dans une Suisse contaminée déclinera, les élus se déchireront, fuiront leurs responsabilités puis disparaîtront5. Alors, gardez votre calme, ne perdez pas une minute, rassemblez au plus vite passeports, pastilles d'iode et partez sur le champ, car quelques heures après l'alerte, la police et l'armée boucleront villes et frontières. En cours de route, tentez de prévenir vos proches en leur conseillant de quitter la région avant que les nuages radioactifs ne les affectent.

Où aller? Cela dépend du lieu de la catastrophe qui vous sera communiqué et de la direction des vents dominants que la météo vous indiquera. En effet, les poussières radioactives seront dispersées par les vents et les précipitations. En Suisse romande nous nous trouvons sous l'un de ses deux vents dominants, l'un d'est-nord-est, soit sous celui qui vient des 5 réacteurs suisses. Plus redoutable encore, sous le vent d'ouest, plus fréquent, qui souffle des 58 réacteurs français!6. Pour surveiller la contamination en cours de route, munissez-vous d'un compteur Geiger qui vous indiquera où vous pouvez vous poser, quoi manger et boire, car le poison radioactif est indétectable sans cet appareil7.

Qu'importera votre point de chute: un terrain vague vous sera plus sûr que votre habitat menacé! Vous êtes jeunes et vos enfants plus jeunes encore. Vous êtes donc la cible d'affections de toutes sortes. A mon âge, je ne risque rien, le temps de latence des cancers mortels dépassants largement les années qui me restent à vivre! Je ne vous accompagnerai pas, je m'acharnerai à aider les autres à fuir sans espoir de retour. Car les lieux qu'ils auront quittés ne pourront les accueillir avant longtemps ou jamais.

Mais d'ores et déjà, tâchez de vous investir davantage pour que ces bombes à retardement soient mises hors d'état de nuire en exigeant leur arrêt immédiat, seule mesure de prévention réaliste!

Je vous embrasse affectueusement.


Notes:

1. "Concept de protection en cas d'urgence au voisinage des installations nucléaires". Téléchargeable sur le Web, 32 p.
2. Fukushima: 200'000 évacués dans un rayon de 20 km. Dans un rayon de 80 km. les 0.3 µSv/h ont été atteint. En 6 jours le nuage radioactif a atteint la côte ouest des E.U. Tchernobyl: la zone confisquée s'étend à 300 km! Cf. cartes sur Wikipedia. Lausanne est à 70 km. de Mühleberg.
3. "L'industrie nucléaire. Sous-traitance et servitude", Annie Thébaud-Mony, INSERM, Paris, 2000.
4. "Un gouffre financier pour cacher nos déchets nucléaires", Le Canard enchaîné, 31.12.2013.
5. Une bonne fiction prémonitoire et fiable est présentée dans "Et Malville explosa", Favre, 1988.
6. Cf. "Climat de la Suisse", Wikipedia.
7. Le Radex RD 1503, à 200 €, permet de ne pas dépasser 0.1 µSv/h, soit 11 µRem/h, 1 mSv/an ou 100 mRem/an.

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