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Octobre 2013 
La vie et la mort
Auteur : Jean-Pierre Chavaz

Ce lecteur nous a soumis après le délai un article concernant le forum du numéro précédent. Nous le publions donc dans ce numéro...

Elles sont intimement liées l’une à l’autre. La mort est l’aboutissement normal d’une vie et il ne peut y avoir de vie sans la mort selon les lois de l’évolution. Nos lointains ancêtres n’avaient pas encore compris cela. C’est la raison pour laquelle, ils ont rêvé de devenir immortels. Toutes les religions de l’époque étaient imprégnées de cet espoir. Elles ont ainsi imaginé et mis en scène des divinités qui, incréées, ne pouvaient être qu’immortelles. Les promoteurs du christianisme ont utilisé les mêmes ficelles en précisant que chaque être humain pouvait devenir immortel à condition que durant sa vie sur terre, il ait scrupuleusement respecté les règles édictées par les Eglises. De nos jours, ils sont des centaines de millions de fidèles qui ne doutent pas de la récompense promise.

Je fais partie des incroyants qui considèrent ces promesses comme étant consubstantielles d’une immense supercherie et qui sont donc convaincus que la mort est le terminus naturel de toute vie sans lendemain quelconque. N’en déplaise à ceux et à celles qui tentent de croire qu’en mourant, on accède à une «vie» dans une autre dimension, pas nécessairement au salut éternel vanté par les Églises.

Etant donné ce qui précède, chaque individu doit tâcher d’aborder la mort de la meilleure manière. Le succès de cette entreprise dépend de la manière avec laquelle la période de vie a été conduite mais surtout des impondérables qui ont pu en influencer le cours, la maladie mais aussi des évènements fortuits. Les ayatollahs de tous bords qui prônent le respect de la vie en toutes circonstances dénient à l’individu le droit de choisir le jour et l’heure de sa mort. Chacun est propulsé dans la vie à son corps défendant. C’est la loi de la nature. En revanche, il devrait avoir le droit légitime de mettre un terme à sa vie. Pendant très longtemps, le suicide a eu mauvaise réputation. Il fut un temps où les suicidés n’avaient pas le droit d’être enterrés avec le commun des mortels. Il existe mille et une manières de s’ôter la vie. Beaucoup sont particulièrement dramatiques: un coup de feu, le poison, la noyade, le saut d’un pont, etc. L’assistance au suicide est considérée comme légale mais elle est assortie de conditions réglementaires particulièrement tatillonnes sous contrôle médical. C’est tout juste s’il ne faut pas établir préalablement un dossier en divers exemplaires visés par diverses instances avant d’accéder à la potion létale. Ces chicanes sont une atteinte intolérable au droit de mourir selon sa propre volonté.

La prolifération de la maladie d’Alzheimer et autres affections dégénératives incitent à appréhender la mort de façon différente. Pour le moment, suite au diagnostic fatal, la prolifération des dégâts pour le patient est inexorable. Il incombe à ces malades un choix cornélien. Dois-je continuer à vivre même si je risque (à coup sûr) à terme de me transformer en zombie et ainsi poser de très graves problèmes à mes proches ou alors décider de quitter la scène avant qu’il ne soit trop tard. Décision cruciale!

À 82 ans, je me propose de faire régulièrement le bilan entre les petits plaisirs (subsistants) de la vie et le poids des handicaps physiques et mentaux qui ne cessent de s’accumuler. Quand ceux-ci prendront nettement le dessus, alors il sera temps de tirer ma révérence.

Jean-Pierre Chavaz, Savièse

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